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Toujours vivant !

20 novembre 2011

Voila bien longtemps que je n’ai rien publié sur ce blogue. J’ai tout d’abord été pris par beaucoup de travail au début, puis j’ai eu à subir quelques problèmes de couple ensuite (la première raison étant d’ailleurs, sans doute, la principale cause de la deuxième, bien malheureusement). En tous cas, désormais j’ai enfin le temps et l’envie de m’y remettre.

Parce qu’il y a du nouveau. Tout d’abord, comme je le disais, j’ai eu à supporter quelques problèmes de couple, et désormais je me retrouve seul à la maison à m’occuper de mes deux enfants. Ce qui, vous me direz, ne doit sans doute pas me laisser beaucoup plus de temps qu’auparavant. Mais avec un peu d’organisation, on finit toujours par s’en sortir et à s’octroyer un peu de temps libre pour soi, et rien que pour soi. Bref, me voilà célibataire, et même carrément père isolé.

Prêt pour l’hiver ?

Je n’avais pas eu beaucoup de temps à consacrer aux semis d’automne, et puis il aurait sans doute fallu que je les arrose (les poireaux et carottes sont rachitiques, et les laitues d’hiver ne sont pas sorties, pas plus que les panais), mais j’ai tout de même quelques bonnes réussites, notamment les navets, les radis noirs et les betteraves (merci d’ailleurs à Rémas pour son aide lors des quelques jours de wwoofing qu’il est venu passer à la maison).

Et je viens seulement de terminer les semis d’hiver : trois buttes entourées respectivement par des échalotes, des oignons blancs, et de l’ail, et dominées par des rangs de fèves et de petits pois. Tout cela n’a pas encore pointé son nez à la surface, on verra ce qu’il en est. Mais en tous cas, en 5 heures, les trois buttes furent sarclées et semées, ce qui représente environ une heure de travail pour dix mètres carrés de surface, ce qui est un petit record personnel dont je suis assez content. Et voilà un bien beau semis direct sous couvert :


Résultats de la saison printemps/été :

Je vous parlerai dans un prochain article des nouvelles améliorations ou expérimentations que j’ai pratiqué ou mis en place (notamment le nouveau tracteur à poules que l’on aperçoit sur les photos ci-dessus, ainsi que ma méthode d’entretien des buttes et de travail du sol « express », et d’autres), mais il faut tout de même que je vous livre dès maintenant un bilan pour cette saison de jardinage. Parce qu’il se trouve qu’à ce niveau-là, cette année, j’ai plus qu’assuré. J’ai travaillé, une fois de plus, mes 450m² de potager entièrement à la main, à raison de pas beaucoup plus qu’une heure par jour ; j’ai réalisé tous les semis pour mes plants au printemps, tout repiqué, tout récolté, tout seul ou presque (merci au passage à Bobzdar pour les quelques jours de wwoofing qu’il est également venu passer à la maison au moment du repiquage des plants et des semis de pleine terre) ; et avec ça, j’ai réussi à obtenir une production au-delà de mes espérances, sauf en ce qui concerne les tubercules, qui malheureusement n’ont pas résisté à un long printemps de sécheresse.

Cette année, j’ai donc repiqué 60 plants de tomates de 4 variétés différentes, 60 pieds de melons de 2 variétés différentes, 24 plants de piments de 2 variétés différentes, 24 plants de poivrons, 12 pieds d’aubergines, 12 pieds de courgettes, 12 pieds de physalis, 6 pieds de potimarrons et 6 pieds de doubeurres, 6 pieds de concombres, 24 plants de patates douces, 12 pieds d’amarantes à graines, 12 pieds de maïs, 12 pieds de tournesols géants, 12 plans de topinambours, 30m de haricots mange-tout, 30m de haricots à graines, 80 de rang d’oignons, 20m de rang d’échalotes, et 20m de rang d’ail, ainsi que 30m² de pommes de terre.

J’ai obtenu une excellente récolte d’oignons, d’ail, d’échalotes, une excellente récolte de tomates, de potimarrons, de concombres, de graines d’amarantes et de graines en général. J’ai eu une récolte tout à fait honorable en ce qui concerne les melons, les piments et poivrons, les aubergines, les courgettes, les physalis, les doubeurres, et les mange-tout. Malheureusement, comme je le disais plus haut, j‘ai eu une récolte décevante en ce qui concerne les patates douces et les pommes de terre.

De plus, la qualité de sol de mes buttes s’améliore, même sans aucun apport, et cet automne, il y a de jolis champignons (malheureusement non comestibles) qui poussent par-ci par-là, sur mes buttes :

Par contre, désolé mais j’ai eu si peu de temps à consacrer à autre chose qu’au travail et à mon couple, en cette saison de printemps/été, que je n’ai même pas pensé à prendre quelques photos de mon jardin, pourtant si réussi.  😦

Bilan et conclusions :

De cette saison estivale, je tire deux conclusions : tout d’abord, j’ai fait une saison de production somme toute assez remarquable, mise à part pour les tubercules, mais ce printemps de sécheresse exceptionnel explique cela, et encore, cela pourra sans aucun doute être prévenu à l’avenir par une meilleure organisation de la culture des tubercules (en l’occurrence sous la paille, mais en versant nord des buttes, et avec un arrosage automatique au goutte-à-goutte au sommet de la butte). Ce niveau de production est d’autant plus remarquable que je l’ai obtenu avec somme toute assez peu de temps de travail disponible, en l’occurrence pas plus de 12H/semaine en moyenne consacrées au jardin. J’ai donc réussi à obtenir une excellente productivité horaire de mon travail de jardinage. Du coup aujourd’hui, j’appréhende moins l’avenir, car je sais qu’il m’est désormais très facile d’obtenir de quoi me nourrir, et nourrir ma famille, de façon autonome et efficiente.

L’autre conclusion, c’est que désormais je n’ai plus tout à fait le même intérêt à jardiner ou à bricoler. Lors de la création de ce blogue, je voulais chercher à obtenir la production nécessaire avec un minimum de travail, de manière à pouvoir disposer d’un maximum de temps de libre. Or je m’aperçois qu’au lieu de ça, j’ai plutôt acquis un réel plaisir de travailler, un plaisir de produire et de récolter les fruits de mon travail. J’aime mélanger ma sueur à la terre lorsque je travaille mon sol, et sentir la fatigue envahir mes muscles à la fin d’une bonne journée de travail bien remplie. Et c’est d’autant plus appréciable que j’effectue ce travail chez moi, à mon rythme, en gérant mon temps et mes efforts comme je l’entend, et avec des résultats qui me reviennent. Je n’ai donc pas à subir les inconvénients du travail que sont les douleurs ou la fatigue, voire le stress ou la soumission à l’autorité d’un patron. Et j’adore également perdre du temps à faire tout un tas d’expérimentations, même si elles ne se trouvent  pas être au final si rentables que cela.

Je m’aperçois donc qu’en fin de compte, ce que je recherche désormais, ce n’est plus une diminution du labeur comme au départ, mais plutôt une augmentation de la productivité de mon travail, de l’efficacité de celui-ci. Je ne travaille pas moins, au contraire, je travaille plus, car j’y ai pris goût et que j’ai acquis un certain rythme, et une force physique non négligeable que j’aime entretenir ; il y a donc eu une sorte « d’effet rebond », et au lieu d’en faire moins, j’en fais d’avantage, mais mieux, et plus rapidement. En réalité j’aime que les choses avancent de plus en plus vite, et j’aime pouvoir faire de plus en plus de choses, au lieu de chercher à diminuer ma quantité de travail, que du reste je ne peux plus guère considérer véritablement comme du « labeur ». J‘apprécie même de moins en moins les quelques instants de paresse que je m’accorde : j’ai de plus en plus besoin de conserver toujours une forme d’activité, qu’elle soit à écrire, à débattre, à picoler, à jouer de la basse ou de la guitare, etc. Même pour bien réfléchir, pour que mes pensées s’organisent de manière claire et précise, j’ai besoin, en même temps, d’effectuer une activité physique qui ne me demande aucune réflexion, car elle est déjà acquise et que je l’effectue par réflexe. C’est la meilleure méthode qui soit pour organiser et clarifier ses idées, ses désirs, ses réflexions.

Une orientation professionnelle :

Je suis donc désormais et plus que jamais pour la spécialisation, et donc pour l’échange, pour le commerce. J’aime le travail bien fait, la spécialité d’un travail obtenu avec une bonne productivité et la qualité d’un spécialiste. Je ne recherche plus du tout l’autonomie et l’auto-suffisance comme auparavant. Elle est sans doute atteignable, mais elle ne m‘intéresse plus. Je veux désormais pratiquer uniquement les activités qui me plaisent, et je veux les effectuer avec un travail de qualité, bien fait, efficace et rentable. Et je veux échanger les fruits de mon travail contre celui des autres spécialistes.

Je vais donc sans doute à l’avenir réduire légèrement la production potagère en vue d’une autonomie (j’ai déjà commencé en me séparant de mes poules), mais par contre je réfléchis à m’orienter vers une production à des fins professionnelles, avec un projet agricole en permaculture, accompagné d’un camping à la ferme en cabanes, et peut-être même à terme à l’organisation de stages. Je ferai en tout cas sans aucun doute appel dès que nécessaire à des wwoofeurs, qui seront les bienvenus pour me filer un coup de main pour monter ce projet, projet dont j’aurai bien sûr l’occasion de reparler plus en détail, lorsqu’il se précisera puis se mettra en place.

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Premiers inconvénients des buttes

3 août 2010

Je rappelle tout d’abord, pour ceux qui n’auraient pas suivi, que cet hiver, j’avais aménagé environ 80m² en buttes, enroulées les unes sur les autres deux par deux, et que j’avais nommées respectivement les buttes « galaxie », et les buttes « escargot ». La première saison d’utilisation étant lancée, il fallait bien que ça arrive, voici les premiers inconvénients qui apparaissent.

Tout d’abord, premier inconvénient, la forme ne me permet pas d’y installer mon tracteur à poules, et de l’utiliser dans la transition entre différentes cultures. En effet, le tracteur à poules, déplaçable, me permet de placer les poules sur une planche de culture, buttée ou non, lesquelles vont se nourrir des restes de la culture après récolte, vont désherber la planche, et la fertiliser avant la culture suivante. Or, mon tracteur à poules n’est pas articulé, et ne peux pas épouser la forme de mes buttes. Pour y remédier, je vais devoir me confectionner un deuxième parc modulable, carré, d’environ 6×6 mètres, pour installer mes poules sur deux buttes à la fois, et qui ne sera donc utilisable que sur ces deux paires de buttes (quoique ça me permettra aussi de placer le poulailler sous les cerisiers, ou sous d’autres arbres fruitiers, lorsque l’avancement de la saison fera choir les fruits trop mûrs, et dont les poules pourront ainsi profiter).

Deuxième inconvénient, les allées ne sont pas assez larges. Elles font le même écartement qu’entre les toutes premières buttes que j’avais faites, rectilignes ; mais comme cette fois j’ai beaucoup creusé et fait des pentes assez abruptes, les cultures ont tendance à prendre de l’ampleur, et à recouvrir les allées, rendant le passage difficile. Le double (un mètre) n’aurait pas été de trop. J’avais de toutes façons prévu de ne pas pouvoir y accéder avec la brouette, ce qui ne me paraissait pas dérangeant à priori, et qui effectivement n’est toujours pas un gros handicap, mais par contre, je ne peux pas non plus y passer ni avec la faux, ni avec la tondeuse à gazon car, si l’allée est prévue pour faire la même largeur que la tondeuse, en réalité celle-ci ne peut pas tourner dans les virages. Je dois donc désherber mes allées à la houe, et même là, il est parfois difficile de la manier.

Donc, si c’était à refaire, je prévoirais plutôt des allées d’un mètre de large, pour des buttes d’ 1.10m/1.20m de large.

Enfin, voici quelques photos supplémentaires pour le plaisir des yeux :

– Buttes escargot, dominées par les amarantes :

– Les petits pois s’accrochent aux majestueuses amarantes :

– Tournesols et haricots grimpants à gauche, topinambours à droite, et les patates douces qui pointent leur nez à travers la paille au centre :

– Les amarantes commencent à former leurs pannicules :


– Quelques piments extra-forts, qui commencent à se colorer :

Prochain article jardin dans quelques jours, pour la récolte des pommes de terre, sous la paille et en tours…

Fin des préparatifs

2 mai 2010

Toutes mes buttes sont fin prêtes ; il ne me reste plus qu’à semer, planter, et pailler. Et ceci, juste au moment où je reprend le boulot (je vais bosser dans une entreprise générale de bâtiment pendant quelques mois, le temps de payer mes dettes, et à partir de demain (youpi, c’est la fête du travail…)). Je risque donc d’être moins présent sur mon blog, en tous cas les articles risquent de se faire plus rares (ou plus concis). En tous cas, le plus important, c’est qu’au niveau du jardin, à un ou deux jours près, j’ai eu le temps de réaliser toutes les améliorations importantes et les préparatifs pour la saison qui étaient prévus, et même d’avantage. A partir de cette saison, je devrais désormais pouvoir être autonome, en ce qui concerne le potager.

Voici donc quelques photos des quelques dernières améliorations que j’ai apportées à mon jardin ces dernières semaines :

Mes deux buttes enroulées en escargot (ou en spirale), et dont la mise en place était prévue dans un article précédent :

Une autre butte pour les gosses (et pour moi aussi un peu, bien que ma fille, malgré qu’elle soit la plus jeune des deux, a l’air de s’y investir et de s’y appliquer), en « fer à cheval », sur le chemin de la piscine :

Une autre petite butte, un peu à l’écart des autres, faite avec le trop-plein de terre des buttes précédentes (dû notamment à la présence d’anciens tas de compost), transporté à la brouette, et qui accueillera entre autre les légumes que je laisserai monter à graine pour en récolter les semences (pour l’instant, des choux rouges) :

Un coin avec des petites buttes pour les aromatiques, juste devant l’entrée de la maison, donc dans le seul endroit extérieur qui peut être éclairé par la lumière au dessus du garage, de manière à pouvoir y être rapidement et à n’importe quelle heure, même en pleine nuit, lorsqu’il manque un peu de coriandre ou de persil pour le plat…

… ou un peu de thym ou de romarin pour la tisane (sur ce muret, j’ai même planté un pied de génépi, pochtron oblige) :

Un coin pour faire des barbecues, et pour s’asseoir au coin du feu pendant les longues soirées d’été :

Et aussi un semoir suspendu dans la serre par des fils de fer, et donc à l’abri des limaces (et oui, encore elles), construit en planches de palettes, pour les semis de courges :

Tour à pommes de terre

8 avril 2010

2° épisode :

Voilà à peine une dizaine de jours que j’ai planté mes pommes de terre dans leurs tours, et les voilà qui, déjà, pointent presque leurs nez à la surface. Après les avoir plantées (voir mon article à ce sujet), j’ai à nouveau fait des recherches sur le net pour m’assurer de pratiquer la bonne méthode, et j’y ai constaté que ceux qui disaient avoir les meilleurs résultats avec leurs tours étaient ceux qui surveillaient tous les jours l’apparition des tiges à la surface, et qui pouvaient ainsi les recouvrir le jour même de leur apparition. Certains vont même jusqu’à affirmer qu’en installant directement une hauteur de 4 ou 5 pneus (remplis bien sûr), soit une hauteur d’environ un mètre de mélange au dessus de la pdt, on obtient des résultats encore meilleurs, tout en supprimant les besoins quotidiens de surveillance.

J’ai donc opté pour une surveillance au moins jusqu’à-ce que les germes atteignent la hauteur du premier pneu (afin de m’assurer que les pommes de terre soient bien démarrées), mais en allant jusqu’à creuser délicatement dans le terreau tous les jours, en rebouchant ensuite à chaque fois, pour pouvoir y déceler les germes avant même que ceux-ci n’atteignent la surface. Aujourd’hui, c’était le cas, les germes pointaient 2 cm sous la surface, au moins en ce qui concerne la variété hâtive Chérie :

J’ai donc rajouté un pneu au dessus, puis Tilila l’a rempli du mélange sable/terreau (1/5 – 4/5) :

Et hop, le tour est joué ! Moi, pendant ce temps, je prends les photos. 😀

Non, je blague, je l’ai aidée (à la fin, pour égaliser, haha)

En tous cas elle est déjà douée pour prendre des photos :

Bon, j’aurais dû faire encore de la sorte avec 2 ou 3 autres pneus au dessus, mais je n’avais pas d’avantage de terreau. Il va falloir que j’aille refaire le plein. Et puis, il vaut mieux que je n’abuse pas trop de ma petite esclave, surtout après une longue journée d’école ! 😀

En tous cas, vivement la récolte, que je puisse avoir une idée très précise de cette méthode de culture. Car sur le net, on trouve vraiment une chose et son contraire à ce sujet (comme pour beaucoup de sujets, d’ailleurs). Certains disent que la tour à pommes de terre est une légende, d’autres disent qu’ils obtiennent de bons résultats,…

Au moins, là, j’en aurai le cœur net !

Travaux de printemps

25 mars 2010

Voici venu le printemps, et avec lui, le moment de se remettre aux travaux de jardin. Tout d’abord, un petit bilan s’impose. En effet, si les fêves sont très belles, par contre, pour ce qui est des pois chiches que j’avais semé à l’automne, aucun n’est sorti. Les petits pois étaient eux en partie sortis, mais mon petit coq, qui a passé l’hiver en dehors du poulailler, les a dévorés au fur et à mesure qu’ils sortaient. Cette fois j’ai enfin réussi à l’attraper, et le voici parti chez Toolate, qui va lui confectionner un poulailler, où il pourra s’épanouir avec des poules rien que pour lui. Du coup, au début du mois de mars, j’ai pu semer de nouveau les pois. D’ailleurs, les pois chiches commencent déjà à sortir, en cette fin mars.

En même temps que les pois, c’est aussi le moment de semer les carottes, ainsi que les pommes de terre primeurs. Cette année, j’ai décidé de tenter l’expérience pour les pommes de terre, en ne les enterrant pas. Je les dispose simplement sur le sol, en les enfonçant légèrement dans la terre meuble, en appuyant légèrement dessus, un peu à la manière de l’ail.

Puis je les recouvre d’une dizaine de centimètres de paille, dans laquelle les pommes de terre devraient aisément pouvoir se multiplier. Enfin, pour être certain qu’elles soient bien dans le noir (auquel cas elles risqueraient de verdir, et de devenir toxiques), je recouvre cette paille d’une bonne couche (4 ou 5 cm) de tontes de gazon.

A gauche des pommes de terre, j’ai semé toute une ligne de carottes, pour lesquelles j’ai mélangé les graines avec du terreau, du sable, et de la sciure, avant d’épandre ce mélange dans le sillon (la sciure devant permettre à ce mélange de mieux retenir l’humidité, les carottes nécessitant une terre constamment humide pendant au moins 10 jours pour germer). A droite, dans quelques jours, je sèmerai une ligne d’un mélange de laitues, de radis, et de betteraves.

L’ail commence à être très beau. Les échalotes aussi, alors que les oignons blancs (butte de gauche) et rouges (butte de droite) ont un peu souffert de la neige (3 fois cet hiver, tout de même).

Enfin, je suis monté dans le cerisier, et j’ai pris quelques photos du jardin vu d’en haut, et de mes farfadets qui y gambadent joyeusement (du nord au sud) :

Les bourgeons du cerisier sont en train de s’ouvrir, d’ailleurs…

Ambitions potagères

19 décembre 2009

Voici venu le temps de faire un bilan du concept de mon potager.

D’abord, j’ai quelques rotations qu’il faut que je revoie, qui ne se succèdent pas tout à fait correctement. Et certaines surfaces de cultures spécifiques qu’il faut que j’agrandisse. 

Ensuite, comme je l’ai dit précédement, mon potager ressemble de plus en plus à un potager en méthode biointensive.  Sauf que je ne respecte pas du tout les proportions céréales/légumineuses/légumes verts. Je cultive très peu de céréales ; du coup, je n’ai pas assez d’apports en carbonne. Il va donc falloir que j’en apporte depuis l’extérieur. J’apportais du mulch avec le fauchage de la pelouse, auparavant, mais j’en ai tout juste assez, et puis l’herbe, même haute, est riche en azote mais pas assez en carbonne. Surtout depuis que je la coupe à la tondeuse: elle est tondue alors qu’elle est encore très peu haute, et elle est toute broyée. Tandis que lorsque je le faisais à la faux, j’attendais qu’elle soit plus haute, du coup elle était plus riche en carbonne, et elle donnait des mulchs plus aérés.

Et puis, les résultats au niveau du sol sont bien meilleurs avec une bonne couche de paille qu’avec de l’herbe. J’ai fait l’essai, le sol est moins saturé d’eau, il respire mieux, et il y a moins de limaces. Le paillage d’herbe est un peu étouffant, surtout avec mon sol très argileux. Et surtout l’hiver.

Et puis j’ai découvert il y a peu, une méthode qui me plait beaucoup, la méthode d’Emilia Hazelip, qui est à mon sens un très bon compromis entre la bio-intensive et l’agriculture naturelle de Masanobu Fukuoka. Et je m’y essaierai bien. Cette méthode consiste justement à couvrir l’intégralité du sol (buttes et allées) avec de la paille, et à mélanger les cultures sur la même butte, afin de ne plus du tout toucher au sol. Et outre le fait de diminuer de manière importante le travail du sol, cette méthode intègre à merveille quelque chose que j’ai encore très peu intégré dans mon potager : les associations de culture. Le seul problème à mon sens de cette méthode, c’est qu’elle paraît nécessiter un peu plus de surface que la bio-intensive, pour une production équivalente. Et encore, c’est à voir, une fois les associations bien agencées. Je vais donc tâcher de tendre doucement vers cette méthode. Pas besoin de se précipiter non plus.

Aussi, ce bilan, et ces nouvelles découvertes, m’ont permis d’aboutir à une petite liste des 20 choses que j’aimerais bien faire, mettre en place, ou entamer, l’année qui vient, concernant mon potager. Les voici :

  1. Acheter de la paille, bio si possible. Pour couvrir le sol de mon potager. Pour chacune de mes planches de 10m², ça devrait me coûter moins de 3€/an, donc je pense que ça ne serait pas une dépense superflue et compulsive.
  2. Tester et comparer deux méthodes pour cultiver mes pommes de terre : la méthode de Claude Bourguignon, qui consiste à déposer simplement les plants au sol et à les recouvrir d’une bonne couche de paille, et la tour à pommes de terre, dans des pneus de récup.
  3. Cultiver plusieurs variétés de pommes de terre, pour continuer de me régaler quels que soient les plats, à la braîse, en râclette, en grâtin, en frites,… au moins quatre ou cinq variétés différentes.
  4. Doubler la taille de mon tracteur à poules, et la taille de mon « cheptel ». L’améliorer pour pouvoir le déplacer plus facilement, voire pour pouvoir le faire seul. Et en améliorer les pondoirs.
  5. Agrandir ma surface cultivée, pour intégrer le compostage dans la rotation, à même les planches de culture, sous une bonne couche de paille, pendant une bonne saison. Notamment pour le compostage de la litière provenant des toilettes sèches. Après l’avoir fait chauffer dans le composteur pendant un bon mois, bien sûr.
  6. Me fabriquer un éco-urinoir, séparé des toilettes sèches, pour recueillir les urines, et apprendre à utiliser cet engrais liquide, régulièrement disponible.
  7. Augmenter ma production de consoude, et comparer des utilisations différentes: épandage en mulch, broyage et incorporation (tour à pommes de terre, notamment), purin,… Et tester le paillage d’orties pour les liliacées.
  8. Augmenter la taille de mon potager pour y intégrer quelques céréales : maïs doux, amarantes, quinoa, orge. Et utiliser leurs pailles sur place, pour contribuer au mulch. De même que les pailles de fêves, de haricôts, les feuilles de plantes-racines, etc. : en laisser le maximum sur place, pour en mettre le minimum en compost.
  9. Utiliser des plantes comme tuteurs, pour ne pas avoir à en installer : maïs, quinoa, amarantes, topinambours, et peut-être même quelques tournesols. Ce qui constituera une association.
  10. Cultiver en faisant grimper sur les plantes-tuteurs, les manges-tout, et les pois gourmands, plutôt qu’en nains, afin de moins se casser le dos à les ramasser, la récolte étant échelonnée tous les deux ou trois jours pendant tout l’été.
  11. Cultiver les courges, les melons, les pastèques, les courgettes, et autres cucurbitacées, aux pieds de ces grimpantes/tuteurs, pour parfaire ce type d’association bien connue.
  12. Cultiver des haricôts secs. J’ai découvert il y a peu, que les haricôts secs, c’est comme les fêves, et les petits pois : si on les récolte frais, et qu’on les conserve au congélateur, ils deviennent tendres, faciles et rapides à cuisiner, et vraiment très bons. Du coup, je les cultiverai plutôt en nains, la récolte étant unie, pour utiliser les plantes-tuteurs plutôt pour les gourmands et manges-tout.
  13. Multiplier par quatre mes quantités de plants de topinambours, pour augmenter ma production, et les intégrer dans la rotation, les topinambours enrichissant la terre de manière intéressante.  Leur « couper la tête », avant la floraison, afin de les forcer à faire des branches, pour faciliter la tenue des pois gourmands (j’ai fait l’essai cette année, ça marche, et en plus les tubercules étaient plus gros).
  14. Essayer des légumes que je ne connais pas encore, ou que je n’ai pas l’habitude de cuisiner ou de cultiver, chou-râve, céleri, panais, rutabaga, butternut, etc., et même des coloquintes. Cultiver aussi des fleurs, tant qu’à faire qui se mangent, comme de la capucine (qui en plus est bénéfique en association avec la tomate), ou bien dont on peut manger les graines après la floraison, comme le lin (et qui en plus repousse les doryphores des pommes de terre). Et privilégier des variétés fécondes, pour pouvoir récupérer les graines pour les années à venir.
  15. Faire des essais de culture d’orge. Etant brasseur, j’aimerais bien, un jour, obtenir ma production autonome d’orge et de houblon, et en assurer la transformation, pour être indépendant sur toute les phases de l’élaboration de cette boisson. Et autant commencer les essais maintenant, à petite échelle, sur la taille d’une de mes planches. Il me faudra faire des essais différents: en association avec des petits pois nains, comme j’en ai semé cet automne ; ou avec la méthode Fukuoka-Bonfils. Je reviendrai plus en détail, bien sûr, sur ces méthodes pour la culture de l’orge.
  16. Réfléchir à d’autres associations, notamment poireaux/carottes, poireaux/radis-noirs, ou poireau/betteraves, pour l’hiver prochain.
  17. Transformer, petit à petit, toutes mes planches en buttes, et, tant qu’à en créer d’autres, tester d’autres formes de buttes que des buttes droites, alignées nord-sud (m’ouvrir à une forme d’esthétisme, quoi). Augmenter également légèrement les allées inter-buttes (au moins de la largeur de la brouette, quoi).
  18. Améliorer ma faux, et m’acheter une pierre à affuter, pour pouvoir me remettre à utiliser ce fâbuleux outil.
  19. Construire et installer quelques nichoirs à oiseaux, à l’abri des chats, lesquels sont bien utiles au jardin contre les mulots, mais nuisibles aux bénéfiques populations de volatils.
  20. Faire les plans de mon futur tracteur à pédales, ou cycloculteur, que je compte un jour mettre au point (au mieux une fois que j’aurai appris à souder), pour me faciliter le travail du sol, me le « mécaniser ».

voilà déjà une bonne liste; je vais avoir du boulot. Et pour commencer, j’ai mis au point ma nouvelle rotation, sur 7 ans (contre 8 auparavant), et sur 14 buttes (contre 10 auparavant). Soit 140 m² cultivés, c’est à dire un peu moins de 50 m² / personne (encore une fois, je compte mes deux enfants comme l’équivalent d’un adulte). Voici le tableau de cette rotation (en espérant que vous arriviez à le décoder) :

Journée neige

18 décembre 2009

En cette journée neige, une première photo de mon jardin, prise depuis le sud. Pour avoir l’impression d’avoir tout de même réussi à faire quelque chose de cette aprèm de dégel…

De gauche à droite :

– la planche entourée de planches, sur laquelle est semée de l’orge de printemps (semé dès l’automne, oui, je sais, c’était pour essayer), mélangé à des petits pois nains.

– La planche qui contient les ombellifères (carottes et panais), les radis noirs, les blettes et les betteraves, puis les poireaux, et les crucifères, des plus petits aux plus grands.

– Le champ de fèves, où elles sont toutes très bien sorties.

– Le champ de pois chiches, mais dont pas un seul n’est sorti.

-enfin, une frîche , anciennement désherbée par le tracteur à poules, et qui est maintenant plutôt envahie par de l’orge que réellement désherbée.

Au second plan, la piscine, la serre, mes quatre premières buttes, couvertes de navets, épinards, et surtout oignons blancs et rouges, ail, échalottes. Enfin, le tracteur à poules, sur la dixième planche, au fond à gauche.

Je sais, c’est plutôt géométrique, comme concept. Mais je vous avais prévenus, je suis très théorique ! J’ai du mal avec l’esthétisme, Louis XIV m’aurait apprécié parmi ses jardiniers « à la française ». 😀

Petite histoire de mon jardin

2 décembre 2009

Un premier potager

A mon arrivée dans le Gers, l’une des premières choses à laquelle je me sois attaqué fut le potager. Lorsque j’avais vu l’annonce pour louer cette maison, et que j’avais appelé pour avoir des précisions et pour venir visiter, le maire du village (c’est un logement communal), avait insisté sur le fait qu’il y avait un grand jardin et qu’il cherchait plutôt des locataires désireux de l’entretenir. Ca tombait bien, c’était ce que moi aussi je cherchais. Effectivement, le jardin mesurait environ 2000 m², dont les trois quarts en pelouse, bordée au nord et à l’est de sapins et de haies de lauriers sauce, au sud de chênes américains plantés deux ou trois ans auparavant, à l’ouest d’un immense pin maritime (devant la maison), et centrée d’un puits et de deux cerisiers; le quart restant étant consacré à la cour, pour y garer les véhicules. Il y avait donc toute la place requise pour me faire un beau petit jardin, dont bien sûr un potager. Une fois le déménagement effectué, il m’avait même proposé, lorsque je lui ai dit que je comptais ouvrir un potager, de me prêter un autre terrain (en bord de rivière, par exemple) pour y faire un grand potager afin de garder le jardin devant la maison en pelouse et en fleurs. Mais je préférais avoir le potager devant chez moi, n’avoir qu’à descendre l’escalier pour m’y rendre, et pouvoir ainsi y passer facilement du temps – d’autant plus que ça allait être ma première expérience de potager. Ce détail, à mon avis, n’est pas des moindres, lorsqu’on veut réaliser un jardin à la fois beau et productif; et sans oublier la convivialité que peut représenter un potager.

Je précise tout de même, qu’évidemment, pour moi qui suis un ancien étudiant de sciences de la terre, spécialisé en pédologie, il n’a jamais été question de traiter mon potager avec quoi que ce soit comme produit, même certifié bio. Je fais de l’agro-écologie, c’est à dire que je cultive sans traiter, et que j’essaye de trouver des méthodes pour que ça fonctionne avec ce que j’ai.

Le sympathique fils du maire de l’époque – agriculteur – était donc venu me labourer un coin de pelouse au mois d’août (un mois après mon arrivée), où j’ai installé mes premiers plants et où j’ai testé mes premiers semis. J’avais fait en sorte que ce jardin soit au plus près de la maison, mais je me suis rapidement aperçu que dès le mois de septembre, une bonne partie se retrouvait à l’ombre des cerisiers, tout l’hiver. De toutes façons je n’avais mis que des poireaux, des carottes (la chance du bébutant, très certainement; car c’est les premiers et les derniers semis de carottes que j’aie réussi jusque là), quelques choux qui n’ont pas donné grand chose, et des fêves.

Défrichage manuel, et abondance

L’année suivante, j’ai donc déplacé mon potager vers le fond du terrain, plus ensoleillé, et finalement c’est mieux ainsi, car mon fils qui grandissait, et sa petite soeur, arrivée dans l’automne, et qui n’allait pas tarder à le rejoindre, put ainsi disposer de la pelouse au plus près de la maison, rendant ainsi la suveillance facile depuis les fenêtres de la cuisine et du salon par les adultes.

J’ai donc défriché de nouvelles parcelles de jardin, cette fois à la main, même si la générosité du voisin m’aurait permis de faciliter la tâche avec un labour au tracteur. Mais j’avais voulu voir ce que représentait un tel travail. J’ai essayé tout d’abord de sarcler, c’est à dire d’enlever à la houe la couche peu épaisse d’herbe avec ses racines, que j’ai mis en tas à composter, puis de travailler ensuite directement ce sol en surface pour éviter de le retourner. Mais je me suis vite aperçu de plusieurs choses:

– tout d’abord, la moindre racine d’herbe oubliée là, ou pas coupée assez raz – et je voulais quand même laisser le maximum de sol et d’humus sur place, donc je sarclais le moins profond possible – repartait on ne peut plus vite, et ma parcelle ressemblait dès la première pluie à un assemblage de touffes d’herbe qui au final étouffaient bien vite mes semis, et qui rendait le desherbage extrêmement pénible. Sans compter toutes les graines de je ne sais quoi qui attendaient sous cette couche d’herbe qu’un peu de soleil et de pluie ne viennent les réveiller.

– ensuite, comme je m’en suis bien vite aperçu, et comme j’ai pu le confirmer par la suite en écoutant des émissions ou en me documentant sur internet, l’humus n’existe pas du tout sous l’herbe; et le sol est confiné à un maigre horizon de quelques centimètres, correspondant à l’enchevêtrement très dense des racines du gazon, et qui s’accaparent la quasi totalité des précipitations, et qui raffraîchissent très peu le sol. En clair, une fois retiré le gazon et ses racines, on a la roche à nu. Dans mon cas, ce substrat correspond à de l’argile quasiment pure.

Résultat, autant labourer, et ainsi enfouir l’herbe et toutes les graines stockées entre ses racines, pour repartir sur du « neuf », puis de petit à petit créer de l’humus et de reconstituer un sol, par l’apport de fumure et de paillage.

Comme je suis très théorique,  j’ai organisé mon jardin en regroupant les cultures similaires d’un point de vue des apports de fumure nécessaires, ainsi que de la similitude des cultures, tout en prévoyant une rotation de ces parcelles. J’ai calculé la taille de ces parcelles en fonction de la production souhaitée, et je suis parti au départ sur des parcelles rectangulaires, afin de justement faciliter ces calculs par la suite (une ligne de ça, trois lignes de ceci, une parcelle entière de cela, etc.). J’ai donc découpé mon jardin en 8 parcelles de 6×4 mètres, alignées nord-sud, et séparées les unes des autres par des allées de 50cm de large. Avec donc une rotation prévue sur 8 ans.

Comme c’était une année où je ne travaillais pas, puisque j’étais inscrit étudiant mais que je n’allais plus à la fac, et qu’ayant deux enfants j’avais droit au RMI, j’ai eu de relativement bons résultats au jardin, pour une première saison de jardinage, et j’ai pu cultiver à peu près tout ce que je voulais. Tout comme l’année suivante, où j’étais dans des démarches de création d’une entreprise, lesquelles prennent du temps, parceque les rdv sont souvent étalés, que les démarches sont longues, mais qui finalement ne demandent que très peu de travail effectif.

Vaches maigres et optimisation

Les deux années qui suivirent, par contre, j’ai eu beaucoup moins de temps à consacrer à mon potager. Du coup, avec moins de travail, on se rend rapidement compte des plantes qui sont efficaces au jardin d’un point de vue du rapport travail nécessaire/rendement, et des plantes qui le sont moins; on se rend d’avantage compte des difficultés d’entretien que représentent les bordures des parcelles, mais aussi les interlignes, où les mauvaises herbes repoussent plus facilement, et où le tassement dû au passage répété de mes grands pieds accentue les difficultés de désherbage.

Mais surtout, à un certain moment de l’hiver dernier, et du printemps qui a suivi, j’ai vraiment pu m’apercevoir de l’importance vitale que pouvait avoir une production autonome ou semi-autonome de légumes à la maison. Car, comme à l’été 2008 je n’avais quasiment rien pu produire, et encore moins congeler (le peu que j’avais planté a pourri sous les pluies répétées du mois d’août), que l’hiver non plus n’a pas été très prolifique, et que les difficultés de démarrage de mon entreprise ont fait que je me suis retrouvé quasiment sans aucune rentrée d’argent pendant quelques mois, en tout cas bien dans le rouge, du coup le jardin, et la cueillette sauvage, ont été les seules sources possibles de nourriture. Le peu d’argent que je gagnais – 20€ par ci par là – me permettait d’acheter l’ultra-strict-nécessaire (en général du gazoil pour pouvoir continuer à travailler), qui un sac de 20kg de farine chez le producteur bio du coin, qui un peu d’huile, de sel, qui un peu de fromage à raper.

J’ai depuis, un profond respect pour cette plante qu’est le topinambour. Je comprend pourquoi nos anciens « ne mangeaient que ça pendant la guerre ». Moins on s’en occupe, et plus il en pousse. Ce tubercule, agrémenté de quelques orties, de feuilles de plantain, ou encore d’une sauce à l’oseille, en soupe avec du pain maison, ou en raviolis maison, et après une salade de pissenlis, a littéralement nourri ma famille pendant deux mois. Et je comprend la génération de mes arrières grands parents, qui disaient à la jeunesse inssouciante des trentes glorieuses, qu’ « une bonne guerre leur ferait du bien ». J’ai presqu’envie, parfois, de répéter cette même phrase à ces mêmes générations, même s’ils ont aujourd’hui 50 à 70 ans, lorsqu’ils ne comprennent pas que la stabilité et l’abondance à laquelle ils ont eu droit n’a été qu’un privilège de courte durée, qu’une parenthèse dans l’histoire, et que ce n’est pas parcequ’il y a eu trente ans de croissance et de paix que cet acquis peut se poursuivre indéfiniment.

Et j’ai décidé, à partir de l’été 2009, que la priorité, dans ma vie, serait le jardin. Ensuite le reste, une fois que je sais que j’ai de quoi nourrir ma famille en cas de coup dur. Et la saison de ventes du printemps-été 2009 m’a permis de comprendre que mon entreprise n’était pas viable, à partir du moment où elle ne me laissait pas assez de temps pour pouvoir compléter mon activité professionnelle en ayant l’assurance de toujours pouvoir nourrir ma famille, et que les trop importants aléas dans les rentrées d’argent de cette entreprise rendaient absolument nécessaire cette autonomisation potagère. Ma décision a donc été prise, et début septembre, j’ai arrété mon activité. Je travaillerai en tant que salarié – au moins la sécurité dans les rentrées d’argent sera bien là – jusqu’à-ce-que je puisse redémarrer une activité indépendante qui soit conciliable avec cette sécurisation de l’autonomie potagère.

Bilans et nouvelle conception

Mon esprit théorique étant devenu quasi pragmatique après ces conditions, je bouleverse, depuis le printemps, la conception de mon jardin. Aidé par la toile et par les nombreuses tentatives des uns, les recherches des autres, les échecs des derniers, qui s’y affichent, qui s’y discutent, j’ai développé de nouvelles méthodes. Et voici le bilan que j’ai pu tirer de ces trois premières années d’expérience de jardinage:

– tout d’abord, plus un légume est cultivé en lignes courtes, plus cela demande d’entretien, puisqu’il y a du coup un nombre plus important de « fins de lignes », lesquelles demandent le maximum d’entretien. Il vaut donc mieux un nombre peu important de longues lignes, plutôt qu’un nombre important de courtes lignes.

– puis, du fait que les interlignes sur lesquelles on piétine augmentent le travail, il vaut mieux en limiter le nombre. De plus, le sol est abimé là où on piétine, et ce, même avec du paillage (je paillais jusqu’à maintenant avec du gazon fauché à la main). Il vaut donc mieux reserver des endroits où le sol sera piétiné et où on ne cultivera jamais, quitte à y laisser pousser les « mauvaises » herbes (comme le pissenlit, ou le plantain, qui se fouttent d’être piétinés), et privilégier, bîchoner, les endroits de culture permanents, sans jamais les piétiner.

– ensuite, pour diminuer le nombre de lignes piétinables, on ne peut pas écarter les jambes à l’infini. Il faut donc en laisser un certain nombre, à moins d’abandonner les lignes pour les planches. Les planches correspondent à des espaces larges de deux fois l’écartement de mes bras, de manière à pouvoir travailler le centre de la planche sans difficultés d’équilibre, debout ou à croupi, et que je me trouve d’un côté de la planche comme de l’autre; soit 1.10m. Et d’une longueur indéterminée; mais comme je suis très théorique (et aussi en fonction de la taille de mon jardin), j’ai choisi des longueurs de 9 mètres, afin d’obtenir une surface de 10 m² par planche (1,10*9). Ce qui me permet de très facilement calculer mes rendements de légumes par mêtre carré, pour améliorer par la suite mes rendements en effectuant des comparaisons.

Cette longueur importante me permet d’avoir un nombre très limité de « fins de lignes », 2 pour 9 mètres, tout en ayant une longueur vraiment maximale; en effet, mes planches, compte tenu de la taille de mon terrain, auraient pu faire jusqu’à 20 mètres de long, mais une trop grande longueur aurait créé de nombreuses pertes de temps pour contourner ces planches lors des changements d’allées. Et puis il s’avère que 10 mètres carrés correspondent à peu près à une surface utilisable pour un même type de culture, dans mon cas où nous sommes trois à nous nourrir sur ce jardin (je compte mes deux enfants comme l’équivalent d’un adulte).

De plus, la culture en planches permet de resserer les lignes, puisqu’on n’a plus besoin d’y circuler; on cultive donc d’avantage de lignes par largeur. Et comme il y a moins de « fins de lignes », lesquelles, en plus de demander du travail, créent une perte de productivité par mètre carré, on gagne donc encore en production par mètre carré avec cette méthode (en mettant les lignes bout à bout, on supprime les « zones tampon » qui sont nécessaires pour désherber les « fins de lignes »). Comme j’avais voulu me concentrer majoritairement sur les espèces les plus efficaces, j’avais donc calculé qu’entre 8 parcelles de 4 x 6 mètres, et 10 parcelles de 1,10 x 9 mètres, j’obtiendrais à peu près une production similaire, tout en diminuant de beaucoup le travail nécessaire, et sur une surface à peine plus petite.

C’est ainsi qu’avant l’été, j’avais réorganisé mon potager (à partir de mon ancien potager, quasi à l’abandon), en y créant deux blocs de cinq planches chacuns, composés de planches orientées nord-sud, séparées entre elles par des allées larges de 40 cm; les deux blocs étant séparés par une large allée est-ouest de deux mètres. De plus, j’ai construit un tracteur à poules, qui se voulait de la largeur d’une planche, et de la longueur d’une planche, et que j’ai pu ainsi intégrer dans ma rotation potagère (je reviendrai plus en détail sur ce tracteur à poules, prochainement).

Vous aurez sans doute remarqué que cette conception ressemble beaucoup à la biointensive. Je m’en suis effectivement peu à peu inspiré. Il y a en effet de nombreuses similitudes:

les planches ont la même largeur de principe que les buttes de la biointensive. Elles sont comme elles orientées nord-sud, et lorsqu’on pousse à l’extrême l’idée de resserer les lignes, on arrive au principe biointensif de la culture en quinconce, où l’on remplit la largeur de la planche de plants placés à la distance parfaite les uns des autres, en tous sens, de manière à-ce que, une fois adultes, ils remplissent au mieux tout l’espace disponible.

J’ai également testé le principe du double bêchage, sans grand succès, et c’est depuis août que j’ai trouvé comment réellement travailler mon sol en profondeur sans le retourner: à la pioche.

L’été passé, cette nouvelle conception me laisse une très bonne impression. J’ai pu obtenir les principaux légumes désirés, congeler suffisamment de tomates pour tout l’hiver, alors que j’étais en pleine saison de ventes avec mon entreprise. Néanmoins, cette conception implique un changement dans la rotation que j’avais prévu au départ. Il me faut donc repenser tout ça. De plus, cette conception n’en est qu’à ses balbutiements, et je compte bien en améliorer encore le fonctionnement, l’optimiser d’avantage, le rendre encore plus productif pour pas plus de travail, et tenter d’obtenir une véritable autonomie potagère.

De prochains articles me permettront de faire un bilan de cette conception, et d’en redéfinir une certaine autonomie.