Posts Tagged ‘Permaculture’

Depuis la permaculture, jusqu’à la civilisation 3/3

12 juin 2016

Voici la troisième et dernière partie de cet article destiné à clôturer ce blog :

Les bœufs avant la charrue, le marché avant l’État :

La permaculture, et plus généralement le jardinage, m’ont fait comprendre une autre règle de bon sens, sans doute encore bien plus simple et évidente, bien que trop souvent oubliée : « sans semis, pas de récolte ». Autrement dit, sans travail pas de revenus : on ne peut pas obtenir de récolte sans avoir semé, entretenu, nourri. On ne peut même pas se nourrir sans avoir récolté, voire transformé et cuisiné. Bref, tout bénéfice requiert un investissement préalable, tout revenu requiert un travail préalable. Donc, non seulement le jardinage m’a appris à « me sortir les doigts », mais également et surtout, il m’a fait prendre conscience que si je reçois un revenu avant d’avoir travaillé pour l’obtenir, cela veut dire qu’il s’agit du revenu de quelqu’un d’autre, lequel revenu lui a été retiré avant de m’être distribué. Que ce revenu, s’il n’a pas été obtenu par consentement, est donc un privilège, lequel privilège provient d’un vol, d’une extorsion.

Ainsi, par ce simple « bon sens paysan », j’ai cessé de croire aux promesses d’une solution collective qui ne passe pas au départ par des solutions individuelles ; j’ai cessé de croire aux vertus de la redistribution, à celles de la dépense publique, à celles de la solidarité universelle, fonction publique, impôts, sécurité sociale et autres « Revenus De Base ». En effet, pour avoir du temps libre, pour prendre des vacances, faire du bénévolat et d’autres choses qui ne sont pas rentables et qui ne rapportent rien d’autre que du plaisir, il faut d’abord pouvoir disposer d’un revenu, d’un prêt ou d’une épargne, donc il faut tout d’abord avoir travaillé (ou bien s’être engagé à le faire dans le cas d’un prêt). Il faut bosser avant de dépenser, et non l’inverse, autrement c’est « mettre la charrue avant les bœufs ». Ainsi, distribuer des revenus ou des droits sans contrepartie, revient à distribuer le travail des uns, à d’autres qui n’ont alors pas à travailler.

Pour dégager du temps libre, et donc pour obtenir la possibilité de faire des choses qui ne soient pas rentables, il faut donc d’abord produire de manière rentable et efficiente. Or, pour produire de manière rentable et efficiente, il faut en avoir la nécessité ; il ne s’agit pas de mourir de faim bien entendu, il s’agit d’avoir l’obligation d’obtenir un bénéfice sur son investissement – ce que ne réclame pas le bénévolat a priori, ni même le fonctionnariat, encore moins les loisirs et la flânerie. Pour avoir les moyens de vivre, il faut d’abord produire du rentable ; si on ne produit que du non-rentable, on ne peut tout simplement pas vivre. Car rien n’est jamais gratuit.

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Cela veut dire que distribuer des revenus ou des droits, ne peut se faire qu’en taxant un travail déjà rentable ; or cette distribution entraînant l’apparition d’activités non-rentables, on obtient alors de plus en plus d’activités non-rentables, et de moins en moins d’activités rentables. S’ensuit un cercle vicieux où l’on est obligé de taxer de plus en plus un travail rentable qui s’étiole de plus en plus, avec de moins en moins de gens productifs et des travailleurs de moins en moins nombreux sur lesquels le système collectif pèse de plus en plus lourd ; et ainsi de suite jusqu’à la crise et la faillite du système collectif. Or c’est malheureusement exactement ce qui se passe aujourd’hui dans notre pays, où l’on assiste à la montée en puissance du chômage et de la dette publique en même temps que grimpent en flèche les prélèvements sociaux et fiscaux.

Et lorsque j’étais dans une démarche d’auto-suffisance, j’étais en réalité dépendant des aides sociales, car une autonomie individuelle est impossible à atteindre (elle ne l’était déjà pas lorsque nous étions chasseurs-cueilleurs, où nous avions déjà besoin de vivre en bande, en société d’individus spécialisés). Le seul moyen d’être véritablement auto-suffisant, sans dépendre de personne, c’est d’accepter de s’intégrer au marché, et de rejeter les fantasmes de partage et de redistribution égalitaire qui nous laissent croire que nous pourrions vivre sans travailler, et sans que d’autres ne travaillent à notre place. Le seul moyen d’être véritablement auto-suffisant, c’est de produire au moins autant que l’on consomme, et d’échanger librement notre production avec celle des autres, en nous entendant mutuellement sur les valeurs respectives de nos productions, c’est-à-dire en effectuant des transactions volontaires.

La solution ne se trouve donc pas dans la redistribution, elle se trouve dans la libre contractualisation, dans le libre échange, dans la coopération volontaire des individus entre eux, dans la libre transaction. Le marché est non seulement un organe de liberté de transaction, mais il est surtout le seul moyen de ne plus être dépendant de la société, de l’État et des décisions politiques. Il est le seul moyen d’affranchissement économique individuel. Le marché, c’est la liberté. La redistribution c’est l’esclavage, c’est l’impôt, c’est l’État, c’est le vol.

 

Nouvelles perspectives :

Aujourd’hui je suis artisan du bâtiment, je travaille à mon compte et je gagne ma vie. Mais je reste tout de même, au plus profond de moi, un intellectuel avant tout (d’ailleurs je connais peu d’artisans du bâtiment qui refont des façades en écoutant France Culture sur leur échafaudage) ; simplement par cette recherche d’auto-suffisance j’ai mis en pratique mes idées, et expérimenté la théorie. Et je me suis heurté à la réalité, laquelle réalité, après m’avoir parue implacable, s’est finalement avérée harmonieuse. De même que l’écosystème peut être implacable lorsqu’on le regarde sous un angle particulier, il apparaît en revanche harmonieux lorsqu’on le regarde de manière globale. Lorsqu’on le regarde ainsi, on s’aperçoit que la nature n’est pas faite que de sélection, elle est également faite de diversité, d’innovation, d’adaptation, de coopération, d’interactions, de complexité, etc. Autant de choses qui rendent cette nature belle, et passionnante à regarder et à étudier.

Ainsi, par la découverte de cette passionnante et complexe harmonie, par la découverte de l’évolutionnisme, de l’individualisme méthodologique et de l’école autrichienne d’économie, et afin de pouvoir valoriser toutes ces réflexions et ces expérimentations que j’ai eues ces dernières années, j’ai décidé de reprendre les études. En septembre dernier j’ai donc fait une validation d’acquis et me suis inscrit en master de géographie, et souhaite m’orienter ensuite vers une thèse. Je pourrai ainsi, à l’instar de Jared Diamond, étudier l’organisation des humains sur la planète comme on étudierait celle de nimporte quelle espèce animale ; je pourrai analyser les relations entre État et marché, entre organisations libres et organisations autoritaires, comme on étudierait n’importe quelle relation entre groupes d’individus ; je pourrai observer le rapport qu’entretiennent les humains avec leur milieu comme on étudie n’importe quel écosystème ; et observer comment les choix diversifiés des individus créent la complexité de l’économie et son équilibre dynamique.

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Voici donc pourquoi ce blog n’a pour moi plus aucune utilité : parce que après ces sept années passées à expérimenter et à intégrer les fondamentaux, me voici enfin prêt à devenir un véritable chercheur, c’est-à-dire un observateur neutre et un analyste objectif. La « graine de flibuste » a germé et a produit suffisamment de racines pour que l’arbre puisse désormais s’épanouir ; et le flibustier est devenu argonaute. Et probablement qu’un nouveau blog fera son apparition, un blog consacré à mes recherches en tant que géographe ; bien entendu, je vous en tiendrai informés.

Je souhaite donc bon vent à tous les permaculteurs et à tous les survivalistes ; bonnes expérimentations, bonnes réflexions et bonnes mises en pratique ; bonnes remises en question, et bonnes redécouvertes des fondamentaux. Quant à moi, après ce « retour à la terre », me voici de retour à la civilisation !

Depuis la permaculture, jusqu’à la civilisation (2/3)

5 juin 2016

Voici la deuxième partie de mon article destiné à clôturer ce blog.

L’efficience de la technique, le capitalisme décroissant :

Avec mon potager et mes tentatives d’auto-suffisance, je cherchai constamment, comme je l’avais proposé dès la création de mon blog, à « faire en sorte que le travail puisse à la fois être efficace, flexible, rentable et soutenable, tant écologiquement que socialement, familialement, et individuellement. Pouvoir travailler à la fois au mieux, et le moins possible, pour pouvoir disposer d’un maximum de temps libre ». Pour cela il me fallut bien entendu rationaliser mon travail. Et à force de rationaliser mon travail, à force de le rendre efficace et économe, c’est-à-dire à force de vouloir le rendre « efficient », j’ai fini par comprendre que le meilleur moyen pour cela était la mécanisation, c’est-à-dire l’outillage, la technique et la technologie.

J’ai fini par comprendre que ceux-ci n’étaient jamais néfastes, car ils permettent toujours de gagner en efficience, et donc de pouvoir utiliser à la fois moins de ressources et moins de main-d’œuvre pour un même résultat, grâce aux « gains de productivité ». J’ai donc compris que ces gains de productivité sont toujours bénéfiques, et qu’ils ne sont pas à l’origine de cette hiérarchisation sociale croissante des populations à laquelle nous assistons depuis le néolithique. En réalité je me demande même, aujourd’hui, si cette hiérarchisation sociale est véritablement croissante ou non, proportionnellement à la densité de population et à la promiscuité entre les individus ; mais ce n’est pas l’objet du jour.

En tous cas, si ces gains de productivité permettent d’utiliser moins de ressources pour un même résultat, alors c’est qu’ils ne posent pas de problème écologiques a priori, et qu’ils sont même une solution à la « finitude des ressources ». C’est que les primitivistes, et autres « luddites », ces écologistes qui mettent en cause la technique et la technologie en pensant qu’elle nuit à l’environnement (et par là à l’humanité), commettent une erreur logique de raisonnement. Oui, une croissance infinie dans un monde fini est tout à fait possible, car avec les gains de productivité nous utilisons constamment de moins en moins de ressources et de moins en moins de travail, pour en obtenir constamment un bénéfice de plus en plus grand, un confort de plus en plus important, et une qualité de vie toujours meilleure : c’est le principe de la « prospérité » économique (contrairement à celui de la « croissance » du PIB).

La technique et la technologie, les gains de productivité et la prospérité économique, sont au final les meilleurs gages de la décroissance, ceux qui permettent de fournir le moins d’efforts possibles, et d’utiliser le moins de ressources possibles, pour en obtenir le meilleur bénéfice. La solution à la prospérité n’est donc ni dans le « travailler plus pour gagner plus », c’est-à-dire dans l’augmentation systématique du chiffre d’affaires, ni dans la « sobriété heureuse », celle de la piété et du renoncement aux plaisirs et aux conforts de la consommation, mais dans un savant équilibre entre un travail efficient et une consommation saine. La solution ne se trouve ni dans l’augmentation systématique ni dans la diminution systématique du chiffre d’affaires, mais dans la recherche du meilleur équilibre entre le chiffre d’affaires et les charges, pour en obtenir le meilleur bénéfice, le meilleur revenu du point de vue du rapport travail/revenu, ou investissement/bénéfice.

La solution ne se trouve donc, ni dans le « productivisme » que prône la droite, ni dans la « culpabilisation du gain » que prône la gauche, elle se trouve dans la rationalité de l’équilibre entre investissement et bénéfice, dans la rationalité immuable, universelle et totalement a-politique, du capitalisme : la meilleure solution pour la décroissance, c’est le capitalisme.

"La nature n'est ni morale ni immorale, elle est amorale"  Thomas Henry Huxley

« La nature n’est ni morale ni immorale, elle est amorale »
Thomas Henry Huxley

La permaculture, libéralisme agraire.

En pratiquant le jardinage, et à plus forte raison la permaculture, j’ai redécouvert des simples règles de bon sens ; j’y ai tout d’abord redécouvert les règles bénéfiques du libre-échange, du laissez-faire et de la non-intervention . La permaculture m’a en effet appris à faire confiance aux interactions entre les différentes composantes individuelles d’un écosystème, comme entre les différents individus d’une société. Elle m’a appris à associer dans l’espace les différentes composantes du sol, et à les faire cohabiter en les faisant profiter mutuellement les unes des autres (« les déchets des uns sont la ressource des autres »). Elle m’a appris à valoriser la succession dans le temps des différentes composantes du jardin, et à lui faire profiter ainsi d’une « destruction créatrice », schumpétérienne, favorable à l’équilibre à long terme du sol. Elle m’a appris à gérer et à canaliser les spontanéités du sol et de l’écosystème, plutôt qu’à les contraindre et les prohiber. Et enfin et surtout, elle m’a appris à accepter la concurrence comme quelque chose de bénéfique et de nécessaire, en me permettant de saisir la différence entre concurrence et compétition ; la concurrence entraînant la différenciation, la spécialisation, l’efficacité et l’efficience, bien plus que la sélection.

Les principes de la permaculture, ceux de l’écosystème, ne sont en fait rien de plus que les principes économiques et politiques du libéralisme et du laissez-faire, mais simplement appliqués à un domaine spécifique, celui de l’agronomie. Et s’ils sont les mêmes, qu’ils y sont applicables de la même manière, malgré qu’ils y aient été découverts séparément, c’est tout simplement parce que ce sont des principes naturels, fonctionnant de manière universelle dans l’écosystème ; l’économie humaine, la société humaine, faisant partie intégrante de l’écosystème, il est logique que ces principes s’y accordent de la même manière. Après les avoir appliqués à mon jardin, j’ai donc ensuite pu les appliquer à ma vie toute entière, ainsi qu’à ma compréhension de l’ensemble de la société humaine comme de celui de l’écosystème.

"Les gens qui combattent pour la libre entreprise et la libre concurrence ne défendent pas les intérêts de ceux qui sont riches aujourd’hui. Ils réclament les mains libres pour les inconnus qui seront les entrepreneurs de demain et dont l’esprit inventif rendra la vie des générations à venir plus agréable. " Ludwig Von Mises

« Les gens qui combattent pour la libre entreprise et la libre concurrence ne défendent pas les intérêts de ceux qui sont riches aujourd’hui. Ils réclament les mains libres pour les inconnus qui seront les entrepreneurs de demain et dont l’esprit inventif rendra la vie des générations à venir plus agréable. « 
Ludwig Von Mises

Depuis la permaculture, jusqu’à la civilisation (1/3)

28 mai 2016

Après bientôt 7 années d’existence de ce blog, j’ai décidé d’y mettre un point final. De l’eau a coulé sous les ponts, j’ai plusieurs fois changé de vie depuis, et réorienté mes priorités et mes finalités. Je ne vais pas forcément supprimer ce blog, mais je vais le clôturer et arrêter de l’alimenter, après avoir fait le tri pour n’y garder que les articles les plus pertinents, ceux qui peuvent servir universellement à tous les permaculteurs et autres survivalistes en herbe.

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En effet ce blog n’a pour moi plus aucune utilité. Tout d’abord parce que j’ai choisi depuis deux ans de ne plus cultiver de potager et de retourner vivre « en ville » ; et ensuite et surtout parce que j’ai compris, grâce à ce passage par la recherche d’auto-suffisance et les réflexions que celle-ci m’a apporté, grâce à ce « rite de passage » et ce retour aux fondamentaux, les intérêts de la technique et de la technologie, donc les avantages de la civilisation. J’ai compris les intérêts de la division du travail, et du marché ainsi que du capitalisme ; et enfin j’ai compris les intérêts du libre-échange et du laissez-faire, ceux de la prospérité économique.

En effet, non seulement j’ai pratiqué la permaculture, mais du fait de l’échec de ma première expérience d’entreprise, j’ai également poussé la réflexion sur l’économie et la société, jusqu’à me tourner au départ vers le « primitivisme », remettant ainsi en question l’intérêt même de la civilisation. Sauf que cette réflexion, au lieu de me radicaliser, a constitué au contraire une sorte de « cogito » personnel, un retour aux fondements et aux bases de l’économie, de la vie en société et de la technologie ; et une fois atteints ces fondements, une fois redécouvertes les bases fondamentales de l’économie et de la société, j’ai alors pu les apprécier et me les approprier, et repartir du bon pied. Cette réflexion m’a fait « reculer pour mieux sauter ». Aujourd’hui, j’apprécie cette civilisation dont je me suis tant méfié ; et je vante même les mérites de cette société que j’ai tant détesté.

Voici donc aujourd’hui la première tranche de cet article en trois parties, qui va sans doute faire couler de l’encre, parce qu’il risque d’en choquer plus d’un, surtout parmi ceux qui ne me connaissent pas encore, ou qui ne me suivent pas sur Facebook ou sur mon autre blog. Peu importe, ces idées sont désormais les miennes, et elles sont ce que j’ai compris et acquis par cette expérience ; elles sont à prendre comme telles, ou à laisser. Elles ne sont que ma propre vision des choses, qui plus est ma vision actuelle des choses. Que celui qui s’en offusque le fasse s’il le souhaite, mais surtout, que celui que cela questionne n’hésite surtout pas à le faire : si mes idées peuvent servir à d’autres, tant mieux ! Dans tous les cas, bonne lecture à tous !

 

De l’auto-suffisance à « l’auto-assurance » :

Après bientôt 7 années d’existence de ce blog, bien des choses ont changé. Tout d’abord j’ai déménagé et changé de département, et surtout j’ai quitté la campagne pour une petite ville, qui devient de plus en plus « péri-urbaine ». Du coup, depuis bientôt deux ans, je n’ai plus de jardin. J’ai d’abord cru que cela me manquerait, mais en fait je me suis rapidement rendu compte que la vie rurale ne me convenait finalement pas, pas plus que le jardinage. Les campagnes se vident en même temps que les villes s’étalent, et la vie rurale est finalement assez fade, dans le meilleur des cas elle est en pointillés. Quant au jardinage, être constamment dans la préparation de la saison suivante me pèse, à long terme.

Aussi, je ne pense plus aujourd’hui que l’avenir puisse se trouver pour moi dans une vie d’autonomie, et de solitude voire d’ermitage ; ni même dans une vie en communauté restreinte, isolée et autarcique. Aujourd’hui je pense qu’elle se trouve en ville, ou bien non loin de celle-ci, au milieu de l’activité économique et culturelle, là où il y a des échanges et du mouvement, de la circulation et de la communication, de l’innovation et des transactions. Je ne regrette bien évidemment pas ce passage par un « retour à la terre », au contraire cela a été très formateur, mais justement, ma formation autodidacte est terminée, et je peux aujourd’hui retourner à la « civilisation » en connaissance de cause, en en comprenant et en en appréciant les rouages.

En effet, si je me suis lancé dans le jardinage avec autant d’énergie, c’est avant tout parce que j’avais d’une certaine manière été traumatisé par l’échec de ma première expérience d’entreprise, laquelle me tenait très à cœur. Pire, m’étant retrouvé endetté et incapable de subvenir à l’alimentation de mes enfants en bas-âge, je m’étais juré de toujours garder un potager productif, suffisant pour assurer un minimum d’assurance de pouvoir nourrir ma famille, y compris en cas de coup dur. Et après 5 ans de jardinage, et l’acquisition des techniques de permaculture, j’ai fini par obtenir cette assurance, ce savoir-faire et cette capacité productive. Tant et si bien que cette seule assurance, cette seule certitude de savoir le faire et donc, d’être capable de le refaire si nécessaire, s’est retrouvée suffisante : dès lors pas besoin de cultiver un jardin en permanence, d’y consacrer du temps et de l’énergie, j’avais retrouvé confiance en moi et en l’avenir, le simple fait de m’en savoir capable me suffisait. Et je cessai alors de rejeter la faute de mon propre échec sur celui de la société toute entière, pour enfin accepter mes propres erreurs et m’autoriser à repartir sur le bon pied. Cette expérience de jardinage avait eu pour moi l’effet d’un rite de passage : en apprenant la survie autonome, j’avais acquis une nouvelle confiance en moi, et étais enfin devenu adulte.

 

La division survivaliste du travail :

Par cette recherche d’autonomie et d’autarcie, par cette expérience d’auto-suffisance et quasiment de survivalisme, j’ai compris l’intérêt de la division du travail, et donc par là de l’économie de marché. En effet, en voulant tout faire moi-même je me suis rapidement aperçu que le travail nécessaire est bien trop important, que l’autonomie montre très vite ses limites. Très vite on se rend compte que la quantité de choses à produire est trop importante, que le travail nécessaire et la quantité de savoirs à accumuler, sont trop importants pour une personne seule (de plus on n’obtient jamais une autonomie complète, donc on reste toujours dépendant d’un minimum d’aides sociales, donc de l’État et de la société, mais j’y reviendrai un peu plus loin). De même, la quantité et la diversité d’outillages à acquérir, pour peu qu’on accepte de ne pas tout faire à la main, est bien trop importante et bien trop coûteuse.

Très vite, on se rend donc compte qu’il vaut bien mieux se spécialiser dans une production particulière, et échanger avec d’autres ; ainsi on est davantage efficace dans sa production, on acquiert de la maîtrise, du savoir-faire, voire du talent dans ce qu’on fait, donc on produit mieux, plus rapidement et avec moins de pertes, donc « moins cher ». Très vite on se rend compte qu’il vaut mieux investir dans de l’outillage spécialisé et dédié à une production particulière, ainsi on est plus efficace dans sa production et l’investissement est moins dispersé ; avec un outillage adapté permettant de produire à plus grande échelle, on réalise des « économies d’échelle », donc on produit « moins cher », et on le rentabilise bien plus facilement.

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Au final tout le monde y gagne : moi d’abord, parce que au lieu de produire beaucoup de choses mais toutes de manière médiocre (puisque je n’ai pas suffisamment de temps et d’énergie à consacrer à toutes), je produis un seul type de bien ou service mais de grande qualité (puisque je m’y consacre davantage, j’y investis davantage de temps, d’énergie et de réflexion, tout en disposant d’un meilleur outillage), que je peux alors échanger à un meilleur prix, donc en échange d’autres biens ou services eux aussi de meilleure qualité ; j’améliore donc ma situation. Et ceux avec qui j’échange y gagnent également, parce que eux aussi peuvent alors échanger avec moi et obtenir des produits de meilleure qualité, et à un moindre coût que s’ils avaient dû le produire eux-mêmes, ce qui diminue donc finalement leur propre coût d’opportunité (le coût qu’ils auraient dû fournir à ma place pour obtenir le même bien, de qualité équivalente).

J’ai ainsi redécouvert ce qu’était un coût d’opportunité, tel qu’énoncé par Adam Smith. Ainsi que le principe énoncé par Condillac, selon lequel toute transaction crée toujours deux richesses, l’une pour le vendeur l’autre pour l’acheteur, puisque l’un s’est séparé de son bien à un prix qu’il juge supérieur à l’utilité qu’il pense avoir de ce bien, en même temps que l’autre l’a acquis pour un prix qu’il juge inférieur à l’utilité qu’il pense avoir de ce bien. Je redécouvris donc ainsi la théorie subjective de la valeur, et abandonnai celle, simpliste, de la valeur-travail.

Dès lors, en bon survivaliste, je compris que si je voulais être certain de survivre, et à plus forte raison si je souhaitais obtenir en outre un certain confort, il me fallait, non pas m’enterrer tout seul dans un trou perdu et tout produire par moi-même, mais plutôt produire à grande échelle avec un outillage adapté, pour ensuite échanger avec d’autres et effectuer avec eux des transactions. C’est-à-dire que si je voulais avoir l’assurance d’obtenir ne serait-ce que le minimum vital, et à plus forte raison si l’enjeu était d’obtenir un certain confort, le meilleur moyen pour y arriver était d’opter, non pas pour l’auto-suffisance, mais pour la division du travail et l’économie de marché. Et si ma première expérience n’avait pas fonctionné, ce n’était pas la faute du système économique tout entier, c’était simplement parce que je n’avais pas encore acquis la compétence et le savoir-faire spécialisé, nécessaire à mon insertion dans cette économie de marché qui ne m’a pas attendu. La meilleure option survivaliste, c’est donc l’économie de marché.

Suite au prochain épisode.

Petit traité de jardinage en buttes

25 novembre 2012

Cela fait quelques années que je me suis attaqué progressivement à mettre en buttes mon potager, et depuis déjà plus d’un an, la totalité de celui-ci est mis en buttes. Et je ne m’aperçois que maintenant que je n’ai jamais pris le temps de rédiger un article sur les avantages d’une butte comparé à un potager à plat. Il était grand temps que ce soit chose faite. Car les avantages d’une butte sont nombreux, et s’il y a bien une chose que je ne regrette pas, c’est d’avoir expérimenté cela, d’avoir pris le temps de butter progressivement à la main tout mon jardin. C’est donc quelque chose que je vous conseille largement, et voici les nombreuses raisons qui justifient ce conseil.

Avantages géométriques :

Tout d’abord, les buttes ont un avantage très simple et qui n’est pas négligeable, c’est leur côté esthétique. Lorsqu’on cultive au sol, on obtient une surface plane, un plancher, une structure unique, et de plus, pour des raisons de simplification du travail, cette surface plane se retrouve bien souvent organisée en lignes, en rangs bien ordonnés, ce qui contribue à en rigidifier encore plus la géométrie. En formant des buttes, on fait onduler cette structure, pour y créer des vagues : on ajoute de la houle à notre plancher.

Il y a ensuite un côté pratique évident, puisque la butte rend la terre moins basse. La butte est formée sur une largeur qui est fonction de la taille du jardinier, et qui permet à celui-ci, en étant accroupi dans l’allée, de pouvoir atteindre le sommet de la butte en tendant les bras. On peut également s’y tenir debout et se pencher en avant, l’écartement nécessaire est le même, et là aussi il y a moins besoin de se baisser que sur une surface plane. Certains surélèvent encore leurs buttes en entourant celles-ci de petits murets en planches, en billes de bois, voire en parpaings, briques, ou dalles (disposés généralement sans être cimentés). Cela rajoute encore du travail au départ, lors de la mise en butte (et parfois un coût pour obtenir les matériaux), mais permet en outre de pouvoir poser un pied sur le muret pour favoriser l’équilibre et pour soulager le dos lorsqu’on doit se pencher en avant, voire même de pouvoir s’asseoir sur le muret (ou bien sur une planche déposée entre les deux murets, à cheval sur l’allée), facilitant ainsi d’avantage le travail du sol. Dans nos sociétés occidentales la position accroupie n’est pas une position très usitée, et la position assise ou debout lui sont préférées, contrairement à d’autres sociétés comme la société indienne, par exemple ; mais pour ma part j’aime beaucoup m’y adonner car je trouve que c’est une position très saine, en complément de la nudité des pieds sur le sol du potager ; la butte sans murets suffit donc dans ce cas.

La butte permet également un gain de place, par une meilleure utilisation de l’espace. Lorsqu’on cultive au sol, en général on crée de nombreuses petites allées, ou bien on écarte les rangs, de manière à pouvoir glisser ses pieds entre les rangs, en général en chevauchant les lignes de cultures. Même en rationalisant au mieux cet espace (et en ayant de grandes jambes), on ne peut pas faire mieux qu’en laissant une allée d’une vingtaine de centimètres pour 80cm de cultures rapprochées, et en organisant le potager en une succession de planches de cultures de 80cm de large. Soit une perte de 20% de la surface. Et en plus on piétine de l’humus potentiel.

En buttant ces planches, en revanche, on augmente la surface du sol, puisqu’on y crée une ondulation sinusoïdale. Ainsi, dans le cas des dernières buttes que j’ai créées, où j’ai creusé sur une profondeur de 25cm pour des buttes d’une période de 150cm, j’ai obtenu une surface au sol de 190cm, ce qui me permet d’utiliser des allées larges d’une quarantaine de centimètres (et donc des buttes de 110 cm de largeur au sol), avec l’équivalent d’une perte de surface de 0% par rapport à la surface plane. En buttant, on économise donc la surface des allées. Ce qui n’est pas inintéressant lorsqu’on doit cultiver des petites surfaces.

Fig.1

Calculs théoriques d’économie de surface :

R = (4f²+c²)/8f

R = (4*25²+75²)/8*25

R = 40,625cm

Corde = 2R.sin(A/2)

Corde / 2R = sin(A/2)

Asn (corde/2R) = A/2

A = 2*Asn (corde/2R)

A = 2*Asn (75/2*40,625)

A = 134,76°

Arc = A*Pi*R/180

Arc = 134,76*3,14*40,625/180

Arc = 95,55cm

Allée + 2*corde = 2*Arc (perte de 0% de surface)

Allée = 2*Arc – 2*corde

Allée = 191.1 – 150

Allée = 41,1cm

Avantages physico-chimiques :

Avec une butte, on piétine toujours au même endroit, dans l’allée, et donc on économise de l’humus, puisque la démarche de créer une butte revient en fait à retirer l’humus des allées pour le mettre sur la planche et constituer ainsi la butte. Ainsi, on évite le tassement de la terre, en marquant la séparation entre les zones pour se déplacer et les zones réservées aux cultures, qu’on ne piétine alors plus jamais. Cette démarche permet donc d’obtenir l’avantage primordial des buttes qui est une augmentation artificielle de la couche d’humus (ou des l’horizons A et B). C’est ce que les tenants de la biointensive appellent le « double bêchage », puisque la profondeur de ces horizons est ainsi doublée (du moins au centre de la butte). Les plantes pourront ainsi profiter d’un sol à la fois plus profond et plus riche, puisque c’est majoritairement dans l’horizon A et B qu’elles trouvent leurs besoins en azote ou en potasse, et dans l’horizon C qu’elles trouvent leurs plus rares besoins en oligo-éléments (fig. 2).

Fig.2

C’est également l’horizon A, humifère, qui constitue la réserve d’eau du sol, et donc par ce double bêchage on augmente également la capacité du sol à stocker l’eau assimilable par les plantes. Donc, la butte augmente le potentiel hydrique du sol (plus exactement son potentiel matriciel). En même temps, la forme et la structure de la butte la rend mieux drainée ; elle constitue donc un avantage autant en sol humide (en y apportant un meilleur drainage), qu’en sol sec (en augmentant son potentiel matriciel). La pente permet en outre de pouvoir pailler ou meulcher sans risquer d’asphyxier le sol ou de le rendre hydromorphe (ceci est notamment très bénéfique pour les liliacées, qui, placées dans les dévers, supportent alors parfaitement le paillage, retirant ainsi la nécessité de biner le sol).

Enfin pour l’arrosage, celui-ci se trouve simplifié, de par la forme de la butte, notamment si on utilise un arrosage automatique au goutte-à-goutte ou par capillarité, puisqu’il suffit d’arroser au sommet, et de laisser l’eau ruisseler sur la butte ou s’y infiltrer.

Une fois la butte constituée, le travail du sol consiste en un travail superficiel, et ainsi la qualité du sol est au mieux préservée. Ses qualités et ses avantages physico-chimiques ne nécessitent nullement le recours au labour ou au bêchage. La mise en place n’a lieu qu’une seule fois, ensuite la butte est simplement entretenue dans sa forme et sa structure. Le travail initial de mise en butte constitue par contre l’équivalent d’un double bêchage, avec l’enfouissement au cœur de la butte de la couverture végétale initiale et des racines, ce qui permet en outre sa décomposition, et donc un apport initial d’humus (fig. 3). Ensuite il faudra entre un et trois ans pour que la structure interne de la butte évolue d’elle-même vers sa structure finale, qui est en fait une sorte de transcendance du sol naturel.

Fig.3

Diversité :

Bien évidemment, la profondeur des horizons A et B n’est pas augmentée partout, elle n’est augmentée qu’au centre de la butte ; et elle est même diminuée sur les bords de la butte, au pied des allées, puisque normalement la profondeur creusée dans les allées correspond plus ou moins à la surface de l’horizon C, lieu d’altération du substrat. Mais loin d’être un inconvénient, ceci est plutôt un avantage, puisque ainsi on obtient au final une plus grande diversité des structures, d’horizons A et B nuls (allées), à des horizons A et B artificiellement riches et profonds, souvent même recouverts d’une litière, d’un horizon O (matière fraîche et/ou sèche en cours d’humification en surface) au sommet de la butte. Cette diversité des structures va pouvoir favoriser la diversité biologique des cultures, chaque plante nécessitant des conditions pédologiques différentes.

A noter que ceci constitue d’ailleurs un autre argument au fait de ne pas entourer les buttes de murets, lesquels entraînent l’obtention de buttes avec des horizons A et B plus ou moins profonds mais toujours présents ; mais cela dépend aussi du type de sol, car un sol sableux aura plus de mal à conserver sa forme en buttes si celles-ci ne sont pas retenues par des murets ; chez moi le sol très argileux permet de former de belles buttes très stables. (Les buttes à murets ne permettent pas non plus d’augmenter la surface au sol autant que les buttes sans murets.)

Enfin l’arrosage automatique au sommet de la butte permet d’obtenir une diversité hydrique du profil de la butte, qui s’accorde avec la diversité des structures ; le sommet, humifère, est bien arrosé, et les pentes et dévers sont de moins en moins humides.

Sur la tranche de la butte, d’une allée à l’autre en passant par le sommet, la diversité s’exprime donc non seulement au niveau de la structure du sol, de son drainage et de son profil hydrique, mais également au niveau de la lumière reçue par les plantes, du fait de la pente plus ou moins importante. La diversité biologique peut donc s’exprimer au mieux, avec une grande complémentarité entre les espèces cultivées, tant au dessus du sol qu’à l’intérieur de celui-ci.

Fig.2

En effet, lorsqu’on entretient la butte, on désherbe partout (y compris l’allée) en sarclant, et on remonte ensuite à l’aide d’une pelle les matières broyées et la terre qui par l’action du sarcloir sont descendues le long de la butte, pour les remettre au sommet (fig. 2). Le sommet se trouve donc très souvent couvert d’une couche de meulch, mélange d’adventices broyées, de matières sèches et de terre (auquel si besoin on ajoute des matières importées) ; en dessous se trouve une couche d’humus demi mûr, qui commence à se décomposer (l’horizon A) ; puis cet humus devient de plus en plus mûr et de plus en plus minéralisé à mesure qu’on s’enfonce (horizon B), jusqu’à l’horizon C, lieu d’altération du substrat (il est important de noter au passage que cette méthode d’entretient évite en outre d’exporter la matière du sol, de la composter, puis de la réimporter ensuite ; cela économise du travail, permet de garder le sol couvert, et favorise la microbiologie du sol, en attirant les insectes et les vers qui vont transformer sur place la matière organique, tout en améliorant la structure du sol, et ceci sans le processus de la fermentation du compostage, et donc avec une méthode bien plus similaire à celle qui se produit dans les sols naturels).

Fig.4 : sommet, pentes et dévers

Ainsi, au sommet sont implantées les variétés qui ont à la fois besoin de dominer les autres pour bénéficier du maximum de lumière, et/ou les plantes à tuteurer ; ces plantes sont en général également celles qui nécessitent un sol profond, riche, et une grande disponibilité hydrique, et qui apprécient un meulch important.

Sur les pentes, on alterne en général les plantes couvre sol avec les plantes racines ; les plantes couvre sol ont souvent besoin de beaucoup d’humus demi mûr, et c’est là que se trouve celui-ci ; et elles ont en outre besoin du maximum de place à couvrir. Les plantes racines, quand à elles, ont besoin d’un sol meuble et profond, afin de pouvoir former une racine qui ne soit pas biscornue ; toutefois elles ont également besoin d’aller chercher des éléments qui se trouvent dans l’horizon C (les oligo-éléments) avec leurs racines verticales, donc celui-ci ne doit pas se trouver trop profondément non plus.

Dans les dévers, l’horizon humifère est très mince voire inexistant, mais certaines plantes apprécient un tel type de sol, plus sec et plus compact, qu’elles aiment briser de leurs racines pivots (laitues, chicorées, pissenlits, poirées, …), ou à la surface duquel elles font trôner leurs bulbes, bien accrochées qu’elles sont sur une terre bien compacte (liliacées). La disposition des liliacées sur les dévers, donc en pourtour des buttes, permet en outre de protéger la butte des maladies et ravageurs qu’elles contribuent pour beaucoup à repousser.

Fig.5

On obtient ainsi une répartition étagée (fig.5), pyramidale, assez similaire à celle préconisée par les promoteurs des jardins-forêt. On trouve ici la succession étagée des quatre étages de plantes annuelles : les plantes herbacées, grimpantes, couvre sol, et racines et bulbes. La répartition étagée et pyramidale est bien sûr tout à fait similaire et symétrique au niveau des racines, qui sont parfaitement réparties sur l’ensemble de l’intérieur de la butte.

Photo 1 : Exemple de répartitions étagées d’hiver

Environnement :

Un dernier avantage, moins important mais toutefois non négligeable, est l’effet de micro climat sur le vent. En effet, les buttes, de par leur forme et la répartition étagée et pyramidale des plantes qui y sont cultivées, produit un léger effet brise vent. Bien entendu il n’y a rien de comparable avec l’effet brise vent d’une haie ou d’une répartition étagée de jardin-forêt, mais tout de même, et surtout avec un alignement nord/sud des buttes, dans nos régions à dominance de vents d’ouest, il peut être envisagé d’implanter dans les buttes centrales du potager les légumes les plus sensibles au froid ou à la verse. Réjean Roy préconise ainsi d’entourer le potager de buttes (des buttes contour) pour y cultiver des plantes vivaces, des plantes envahissantes (topinambour, menthe), mellifères, volumineuses (rhubarbe) et arbustives (groseilles, caragana). Ces buttes contour ont un effet protecteur, elles protègent des animaux et plantes indésirables, et devraient notamment être envisagées si le potager est implanté dans un lieu venté.

Particularités des buttes est/ouest :

La plupart des jardiniers alignent leurs buttes en orientation nord/sud, mais ce n’est toutefois pas le cas de tous. Certains choisissent plutôt un alignement est/ouest, comme c’est le cas de Réjean Roy. Les avantages des buttes est/ouest viennent notamment du fait de la diversification encore plus importante des cultures et des profils physico-chimiques de ces buttes :

– La différence de rayonnement reçu entre les deux faces permet une plus grande diversité des cultures sur une même butte, puisque certaines plantes vont pouvoir profiter de la fraîcheur et de l’ombrage de la face nord, alors que d’autres vont lui préférer les pentes très exposées aux rayonnements de la face sud (qui sont d’ailleurs nettement mieux exposées aux rayonnements que les deux faces de buttes alignées nord/sud, notamment en hiver ; sur les buttes nord/sud, c’est surtout le sommet qui y est exposé). Ainsi les oignons, ails, échalotes vont adorer les dévers sud durant tout l’été, alors que les poireaux vont profiter pendant tout l’été de semis en dévers nord avant d’être repiqués en dévers sud à l’automne. Idem pour les semis de choux en pente nord, qui seront repiqués au sommet à l’automne. De même, les carottes et les petits pois vont apprécier les sols frais des pentes nord, alors que les melons ou les tomates vont préférer les pentes sud : les pommes de terre les pentes nord, et les patates douces les pentes sud ; etc. Quand à la plupart des plantes qui seront implantées au sommet, le fait qu’elles soient sur une butte nord/sud ou est/ouest leur conviendra tout autant.

– Le soleil éclairant d’avantage la face sud de la butte que la face nord, il y a non seulement des différences physico-chimiques entre les deux faces (la face nord reste plus fraîche et humide, et la face sud plus chaude et sèche), mais il y a aussi un phénomène bénéfique d’échange thermique et hydrique entre les deux faces, à l’intérieur de la butte, par capillarité, et/ou par transmission thermique. Il y a donc dans les buttes est/ouest une meilleure régulation thermique et hydrique à l’intérieur de la butte que lorsque les deux faces sont soumises à un rayonnement solaire équivalent comme c’est le cas pour les buttes nord/sud : en période chaude et/ou sèche la butte chauffe et/ou sèche moins vite, et inversement en période fraîche et/ou humide.

Fig.6

Un autre avantage des buttes est/ouest tient de la variation de la surface cultivable entre l’été et l’hiver. En effet, sur la figure 6, on voit nettement que, l’été, l’ensemble de la butte reçoit plus ou moins les rayonnements solaires, mais que par contre, à partir des équinoxes, le dévers nord, puis également la pente nord, se retrouvent entièrement à l’ombre. Ceci pourrait à priori constituer un inconvénient mais en réalité, cela correspond tout à fait à la moins grande quantité de plantes qui sont cultivées l’hiver par rapport à l’été. En général, en jardinage bio, on compense cela par des cultures d’engrais vert, mais la culture en buttes est/ouest permet tout simplement de ne pas travailler les 2/5° de la surface du potager, ce qui fait moins de travail et permet tout autant à cette partie du sol de se reposer. La surface cultivée est en outre bien mieux orientée, pour recevoir les rayonnements, qu’une surface plane ou qu’une butte nord/sud, et donc la partie qui est cultivée reçoit au mieux ces faibles et vitaux rayonnements hivernaux, favorisant notamment la précocité des plantes. De plus, certaines plantes qui ont grandi tout l’été au frais se satisfont ensuite de rester à l’ombre tout l’automne en attendant d’être ramassées, comme c’est le cas pour les navets ou les radis noirs, par exemple. Ces plantes peuvent être gardées en terre, d’autant plus que ce qui les abime par dessus tout, ce n’est pas tant le gel, que l’alternance gel/dégel, alternance qui est ainsi amoindrie par l’exposition à l’ombre au profit d’un gel permanent, gel permanent qui conserve alors plus facilement ces aliments.

 

Quel choix de buttes ?

Au final, le choix entre des buttes est/ouest ou des buttes nord/sud doit se faire en fonction de critères locaux. Si le potager est soumis à des vents d’ouest, il vaut mieux préférer des alignements nord/sud. Et inversement si les vents dominants sont des vents du nord (mistral, par exemple). Ou alors il faut penser à créer une butte contour qui face office de brise-vent, avant de répartir les autres buttes comme on l’entend derrière celle-ci.

L’alignement des buttes peut également se décider en fonction de la pente du terrain ; car il est préférable que les buttes soient perpendiculaires à la pente, surtout si la pente est forte, de manière à limiter au maximum l’érosion. Les buttes peuvent aussi, surtout en région sèche, servir en même temps de baissières, les extrémités des buttes rejoignant alors la pente de manière à former une cuvette, pour pouvoir le plus possible capter l’eau de ruissellement vers l’allée située en amont, qui sera ainsi stockée avant de pouvoir s’infiltrer tranquillement à l’intérieur de la butte.

On pourrait également concevoir des buttes pas forcément rectilignes, plutôt courbes, ce qui permettrait d’augmenter les effets de micro climats (fig. 7). Ainsi par exemple, une butte en arc de cercle ouvert vers le sud verrait le centre de sa face sud mieux protégée des vents que tout le reste, alors que le centre de la face nord y serait d’avantage exposé que tout le reste (à moins de briser cette accélération du vent, en plantant par exemple un arbre fruitier au centre de l’arc que forme chaque butte) ; et on pourrait ainsi en profiter pour faire encore varier la diversité des cultures d’un bout à l’autre de la même butte, les plantes les plus délicates étant cultivées au centre sud des butte, dans les zones les plus abritées.

Fig.7

Buttes au tracteur

26 septembre 2012

Voici un article qui a pas mal de retard, puisque j’aurais dû l’écrire à l’été 2011. Mais je pense qu’il est suffisamment intéressant pour nécessiter tout de même une publication tardive, y compris en cette période de début d’automne, puisqu’il s’agit de mise en place de buttes, et bien qu’elles aient été réalisées à la fin du printemps, juste avant la mise en place des plants pour l’été, les buttes peuvent tout à fait être réalisées en ce moment, de manière à y accueillir les semis de la toussaint. Une mise en place à cette période permet en outre de favoriser la décomposition de la végétation qui aura été enfouie au milieu de la butte.

J’étais en effet allé donner un coup de main à un ami qui voulait ouvrir son potager. Je me suis rendu chez lui, accompagné de Bobzdar, qui était venu faire quelques jours de wwoofing à la maison. Et nous en avons profité pour réaliser une butte de 13m de long. Cet ami chez qui nous étions, Luc, disposait d’un petit tracteur familial, armé d’un rotovator (un outil rotatif qui permet de malaxer le sol sur une dizaine de centimètres de profondeur), et nous avons donc réfléchi à la manière la plus efficace de l’utiliser pour réaliser notre butte. Voilà donc comment nous avons procédé :

Nous avons tout d’abord réfléchi à la meilleure manière de creuser le sol : le tracteur disposait également d’un petit soc, et nous aurions pu tout simplement labourer le sol, pour enfouir la végétation, puis monter les buttes à la main avec de la terre nue. Cette méthode est sans doute celle qui demande le moins de travail, et c’est aussi la plus rapide, mais elle présente tout de même l’inconvénient de débarrasser la butte de tout humus. Nous avons donc préféré utiliser le rotovator qui, en ne travaillant qu’en surface, nécessite plusieurs passages du tracteur, mais qui permet par contre de travailler en douceur, horizon par horizon.

Nous n’avons pas désherbé ; l’herbe était rase, et il nous était inutile de la faucher ni de la broyer auparavant. Cependant s’il y avait eu d’avantage de végétation, il aurait été préférable de commencer par la broyer sur place. Nous avons effectué quatre premiers passages au rotovator, afin de débarrasser de la végétation et de ses racines (horizon A) une surface d’environ 3 mètres de large en malaxant le tout (figure 1).

Figure 1

Puis, à la main, nous avons déplacé sur l’une des deux moitiés ce mélange obtenu, de terre, de racines et d’herbe broyée, destiné à constituer l’humus de la première butte. Nous avons commencé par travailler la partie la plus en aval du jardin, de manière à d’avantage avoir à descendre la terre à la main plutôt que de d’avoir à la remonter. Nous avons donc placé l’ensemble de la terre constituant l’horizon A au milieu de la partie la plus en aval, en y montant à la main une petite butte de moins d’un mètre de large, destinée à constituer le cœur, humifère, de la première butte (figure 2).

Figure 2

Puis nous avons ameubli l’horizon B de la deuxième bande, en amont, avec encore deux passages du rotovator (figure 2), et nous avons utilisé cet horizon pour couvrir à la main le cœur humifère de la butte et terminer celle-ci en la couvrant de terre nue, sans herbes ni racines (figure 3).

Figure 3

Et voilà la première butte de constituée, une butte de 13m de long, en une demi-journée de travail à trois :

De gauche à droite : Bobzdar, Luc et moi.

Quelques jours plus tard, ce fut au tour de Thierry (le frère de Luc) et de ses amis de monter la deuxième butte, selon le même procédé (figure 3) :

Puis vient un léger paillage pour protéger la butte, et enfin viennent les plants et semis :

Au printemps 2012, Luc et Thierry ont rajouté encore deux longueurs équivalentes de buttes. Toutefois, 13m constituait une longueur de butte trop importante, et ils ont préféré répartir cette longueur en deux buttes de 6m chacune. Ils ont donc désormais un potager constitué de 8 buttes de 6m chacune.

Pommes de terre : un équipement pour l’arrosage

1 avril 2012

Comme prévu, j’ai tout de même planté quelques pommes de terre cette année. Uniquement quatre petites centaines de plants, de quatre variétés différentes. Après avoir testé les pommes en terre, puis en tour ainsi que sous paille, ma décision est de continuer à les cultiver sous paille. Mais comme par chez moi il fait souvent assez sec (l’année dernière l’a été particulièrement, et malgré quelques maigres arrosages épars, je n’ai récolté guère plus que ce que j’ai planté), et qu’en plus la paille a un effet « toit de chaume » qui empêche la pluie de pénétrer dans la butte et qui la fait ruisseler à l’extérieur de celle-ci, j’ai cette fois installé un arrosage au goutte-à-goutte sous la paille. En voici les étapes en image :

Sarclage des trois buttes destinées à recevoir les pommes de terre (elles étaient auparavant dans le même état que les deux buttes qui entourent ces trois-là, l’une à gauche et l’autre à droite) : une matinée de travail. Pas de désherbage, j’ai seulement brisé les racines des plantes à la houe, juste sous la surface, en restant bien dans l’horizon A du sol. J’ai ensuite laissé les plantes ainsi sarclées en surface pendant trois jours au soleil, afin qu’elles se dessèchent :

Installation des tuyaux, percés tous les 33cms, et fixation au sol de ces tuyaux à l’aide de petites crochets taillés en bambou, à raison d’une dizaine ou d’une douzaine de ces petits crochets pour 20m de tuyau (un aller-retour sur chaque butte) :

Disposition de quatre rangs de pommes de terre sur chaque butte (donc, deux rangs par versant), simplement posées à même le sol, avec deux pomme de terre pour chaque trou goutteur, une au dessus et une en dessous, en quinconces, puis le tout a été recouvert d’une bonne quinzaine de centimètres de paille :

L’arrosage automatique me permettra également de comparer de manière efficace les quatre variétés de pommes de terre cultivées, en terme de résistance aux maladies et de productivité, l’orientation et l’arrosage étant parfaitement similaires.

A noter également que mes buttes sont toujours alignées Nord/Sud, mais que la prochaine fois que j’aurai à faire des buttes, je les alignerai Est/Ouest, et que je ne planterai les pommes de terre qu’en versant Nord, afin qu’elles bénéficient de d’avantage de fraîcheur et d’humidité. Mais ça, ce sera pour un prochain jardin, donc pas pour tout de suite.

Toujours vivant !

20 novembre 2011

Voila bien longtemps que je n’ai rien publié sur ce blogue. J’ai tout d’abord été pris par beaucoup de travail au début, puis j’ai eu à subir quelques problèmes de couple ensuite (la première raison étant d’ailleurs, sans doute, la principale cause de la deuxième, bien malheureusement). En tous cas, désormais j’ai enfin le temps et l’envie de m’y remettre.

Parce qu’il y a du nouveau. Tout d’abord, comme je le disais, j’ai eu à supporter quelques problèmes de couple, et désormais je me retrouve seul à la maison à m’occuper de mes deux enfants. Ce qui, vous me direz, ne doit sans doute pas me laisser beaucoup plus de temps qu’auparavant. Mais avec un peu d’organisation, on finit toujours par s’en sortir et à s’octroyer un peu de temps libre pour soi, et rien que pour soi. Bref, me voilà célibataire, et même carrément père isolé.

Prêt pour l’hiver ?

Je n’avais pas eu beaucoup de temps à consacrer aux semis d’automne, et puis il aurait sans doute fallu que je les arrose (les poireaux et carottes sont rachitiques, et les laitues d’hiver ne sont pas sorties, pas plus que les panais), mais j’ai tout de même quelques bonnes réussites, notamment les navets, les radis noirs et les betteraves (merci d’ailleurs à Rémas pour son aide lors des quelques jours de wwoofing qu’il est venu passer à la maison).

Et je viens seulement de terminer les semis d’hiver : trois buttes entourées respectivement par des échalotes, des oignons blancs, et de l’ail, et dominées par des rangs de fèves et de petits pois. Tout cela n’a pas encore pointé son nez à la surface, on verra ce qu’il en est. Mais en tous cas, en 5 heures, les trois buttes furent sarclées et semées, ce qui représente environ une heure de travail pour dix mètres carrés de surface, ce qui est un petit record personnel dont je suis assez content. Et voilà un bien beau semis direct sous couvert :


Résultats de la saison printemps/été :

Je vous parlerai dans un prochain article des nouvelles améliorations ou expérimentations que j’ai pratiqué ou mis en place (notamment le nouveau tracteur à poules que l’on aperçoit sur les photos ci-dessus, ainsi que ma méthode d’entretien des buttes et de travail du sol « express », et d’autres), mais il faut tout de même que je vous livre dès maintenant un bilan pour cette saison de jardinage. Parce qu’il se trouve qu’à ce niveau-là, cette année, j’ai plus qu’assuré. J’ai travaillé, une fois de plus, mes 450m² de potager entièrement à la main, à raison de pas beaucoup plus qu’une heure par jour ; j’ai réalisé tous les semis pour mes plants au printemps, tout repiqué, tout récolté, tout seul ou presque (merci au passage à Bobzdar pour les quelques jours de wwoofing qu’il est également venu passer à la maison au moment du repiquage des plants et des semis de pleine terre) ; et avec ça, j’ai réussi à obtenir une production au-delà de mes espérances, sauf en ce qui concerne les tubercules, qui malheureusement n’ont pas résisté à un long printemps de sécheresse.

Cette année, j’ai donc repiqué 60 plants de tomates de 4 variétés différentes, 60 pieds de melons de 2 variétés différentes, 24 plants de piments de 2 variétés différentes, 24 plants de poivrons, 12 pieds d’aubergines, 12 pieds de courgettes, 12 pieds de physalis, 6 pieds de potimarrons et 6 pieds de doubeurres, 6 pieds de concombres, 24 plants de patates douces, 12 pieds d’amarantes à graines, 12 pieds de maïs, 12 pieds de tournesols géants, 12 plans de topinambours, 30m de haricots mange-tout, 30m de haricots à graines, 80 de rang d’oignons, 20m de rang d’échalotes, et 20m de rang d’ail, ainsi que 30m² de pommes de terre.

J’ai obtenu une excellente récolte d’oignons, d’ail, d’échalotes, une excellente récolte de tomates, de potimarrons, de concombres, de graines d’amarantes et de graines en général. J’ai eu une récolte tout à fait honorable en ce qui concerne les melons, les piments et poivrons, les aubergines, les courgettes, les physalis, les doubeurres, et les mange-tout. Malheureusement, comme je le disais plus haut, j‘ai eu une récolte décevante en ce qui concerne les patates douces et les pommes de terre.

De plus, la qualité de sol de mes buttes s’améliore, même sans aucun apport, et cet automne, il y a de jolis champignons (malheureusement non comestibles) qui poussent par-ci par-là, sur mes buttes :

Par contre, désolé mais j’ai eu si peu de temps à consacrer à autre chose qu’au travail et à mon couple, en cette saison de printemps/été, que je n’ai même pas pensé à prendre quelques photos de mon jardin, pourtant si réussi.  😦

Bilan et conclusions :

De cette saison estivale, je tire deux conclusions : tout d’abord, j’ai fait une saison de production somme toute assez remarquable, mise à part pour les tubercules, mais ce printemps de sécheresse exceptionnel explique cela, et encore, cela pourra sans aucun doute être prévenu à l’avenir par une meilleure organisation de la culture des tubercules (en l’occurrence sous la paille, mais en versant nord des buttes, et avec un arrosage automatique au goutte-à-goutte au sommet de la butte). Ce niveau de production est d’autant plus remarquable que je l’ai obtenu avec somme toute assez peu de temps de travail disponible, en l’occurrence pas plus de 12H/semaine en moyenne consacrées au jardin. J’ai donc réussi à obtenir une excellente productivité horaire de mon travail de jardinage. Du coup aujourd’hui, j’appréhende moins l’avenir, car je sais qu’il m’est désormais très facile d’obtenir de quoi me nourrir, et nourrir ma famille, de façon autonome et efficiente.

L’autre conclusion, c’est que désormais je n’ai plus tout à fait le même intérêt à jardiner ou à bricoler. Lors de la création de ce blogue, je voulais chercher à obtenir la production nécessaire avec un minimum de travail, de manière à pouvoir disposer d’un maximum de temps de libre. Or je m’aperçois qu’au lieu de ça, j’ai plutôt acquis un réel plaisir de travailler, un plaisir de produire et de récolter les fruits de mon travail. J’aime mélanger ma sueur à la terre lorsque je travaille mon sol, et sentir la fatigue envahir mes muscles à la fin d’une bonne journée de travail bien remplie. Et c’est d’autant plus appréciable que j’effectue ce travail chez moi, à mon rythme, en gérant mon temps et mes efforts comme je l’entend, et avec des résultats qui me reviennent. Je n’ai donc pas à subir les inconvénients du travail que sont les douleurs ou la fatigue, voire le stress ou la soumission à l’autorité d’un patron. Et j’adore également perdre du temps à faire tout un tas d’expérimentations, même si elles ne se trouvent  pas être au final si rentables que cela.

Je m’aperçois donc qu’en fin de compte, ce que je recherche désormais, ce n’est plus une diminution du labeur comme au départ, mais plutôt une augmentation de la productivité de mon travail, de l’efficacité de celui-ci. Je ne travaille pas moins, au contraire, je travaille plus, car j’y ai pris goût et que j’ai acquis un certain rythme, et une force physique non négligeable que j’aime entretenir ; il y a donc eu une sorte « d’effet rebond », et au lieu d’en faire moins, j’en fais d’avantage, mais mieux, et plus rapidement. En réalité j’aime que les choses avancent de plus en plus vite, et j’aime pouvoir faire de plus en plus de choses, au lieu de chercher à diminuer ma quantité de travail, que du reste je ne peux plus guère considérer véritablement comme du « labeur ». J‘apprécie même de moins en moins les quelques instants de paresse que je m’accorde : j’ai de plus en plus besoin de conserver toujours une forme d’activité, qu’elle soit à écrire, à débattre, à picoler, à jouer de la basse ou de la guitare, etc. Même pour bien réfléchir, pour que mes pensées s’organisent de manière claire et précise, j’ai besoin, en même temps, d’effectuer une activité physique qui ne me demande aucune réflexion, car elle est déjà acquise et que je l’effectue par réflexe. C’est la meilleure méthode qui soit pour organiser et clarifier ses idées, ses désirs, ses réflexions.

Une orientation professionnelle :

Je suis donc désormais et plus que jamais pour la spécialisation, et donc pour l’échange, pour le commerce. J’aime le travail bien fait, la spécialité d’un travail obtenu avec une bonne productivité et la qualité d’un spécialiste. Je ne recherche plus du tout l’autonomie et l’auto-suffisance comme auparavant. Elle est sans doute atteignable, mais elle ne m‘intéresse plus. Je veux désormais pratiquer uniquement les activités qui me plaisent, et je veux les effectuer avec un travail de qualité, bien fait, efficace et rentable. Et je veux échanger les fruits de mon travail contre celui des autres spécialistes.

Je vais donc sans doute à l’avenir réduire légèrement la production potagère en vue d’une autonomie (j’ai déjà commencé en me séparant de mes poules), mais par contre je réfléchis à m’orienter vers une production à des fins professionnelles, avec un projet agricole en permaculture, accompagné d’un camping à la ferme en cabanes, et peut-être même à terme à l’organisation de stages. Je ferai en tout cas sans aucun doute appel dès que nécessaire à des wwoofeurs, qui seront les bienvenus pour me filer un coup de main pour monter ce projet, projet dont j’aurai bien sûr l’occasion de reparler plus en détail, lorsqu’il se précisera puis se mettra en place.

Bilan de l’année

14 novembre 2010

Voici venu le temps de faire un petit bilan de la saison 2010.

Tout d’abord, voilà environ un an que j’abandonne progressivement la biointensive, au profit de l’agriculture synergique, mais cet hiver, je l’abandonne définitivement. La biointensive utilise les buttes, tout comme l’agro-synergique, en les travaillant également au minimum ensuite, mais ne couvre pas le sol, et composte les déchets verts avant de les retourner au potager. Et surtout, elle propose de cultiver des « mini monocultures », plante par plante, disposées en quinconce sur les buttes. C’est ce point-là qui m’a le plus rapidement déplu, car certaines plantes, comme les oignons, laissent la terre à nue, voire nécessitent même le binage, et la « mini monoculture » d’oignons demandait tout de même 30m² de surface de buttes.

De plus, la pente créée par la mise en butte accélère alors les processus d’érosion, surtout avec le binage, car la disposition en quinconce évolue rapidement, pour faciliter le travail, vers une disposition en lignes perpendiculaires à la butte, donc avec le binage en déclive (dans le sens de la pente). Cette année, j’opte donc définitivement pour des lignes à flanc. J’opte également définitivement pour un meulch systématique de paille, et pour une intégration en simultané au paillage, des plantes désherbées, afin de les laisser se décomposer sur place en même temps qu’elles participent de sa couverture. Les buttes seront donc cultivées en 5 lignes, une centrale et sommitale qui accueillera les plantes à fruits ou à graines, deux lignes intermédiaires qui accueilleront les plantes racines ou les plantes à feuilles, et deux lignes en bordure qui accueilleront les liliacées, les blettes, les pissenlits, les plantains, et les laitues. Cette méthode a en outre l’avantage de permettre aux liliacées de supporter le paillage, et ainsi de supprimer la nécessité de les biner.

J’utilise également de plus en plus le semis en poquets, et des associations de plantes, notamment des plantes tutrices, maïs amarantes et tournesol pour les haricots à rames, et topinambours pour les petits pois à rames (topinambours dont je force préalablement le développement des branches, en leur coupant la tête à 80 cm de hauteur). Cet hiver, je vais tester la culture des petits pois nains au milieu des fèves, en espérant que celles-ci leur servent de tuteurs.

Mon potager a disposé cette saison de 9 buttes de 15m² de surface chacune, le reste est en train d’être butté, ou le sera cet hiver (16 buttes en tout).

Voici les cultures de l’année :
– Fèves = 80 pieds, 15m², bon stock de fèves fraîches congelées. Production annuelle suffisante (presque 20 kg).
– pois chiches, 15m², 2kg récoltés et conservés secs, pour faire de la farine de pois chiches, pour épaissir des sauces, ou faire des galettes. Première année d’essai.
– Oignons blancs et rouges, deux bonnes centaines de chaque, production annuelle suffisante, au printemps les poireaux remplacent les oignons.
– Ail et échalotes, une bonne centaine de chaque, production annuelle suffisante.
– Petits pois et pois gourmands, 20 pieds de chaque; production d’appoint (1/10° ?), destinée à être quadruplée l’année prochaine.
– Carottes, ratées plusieurs années de suite.
– Pommes de terre : 3 buttes + 2 tour à pommes de terre, 6 variétés différentes, production suffisante pour l’année.
– Maïs doux, 20 pieds pour les grillades. Peut-être du maïs à farine l’année prochaine.
– Courgettes, 4 pieds, production ratée cette année (incroyable, n’est-ce pas ? une seule courgette !), habituellement suffisante.
– Potimarrons et Doubeurres (butternut), 4 pieds chacun, respectivement 7 et 8 courges pour l’hiver, production suffisante. L’année prochaine, je rajoute quatre spaghettis.
– 4 pieds de concombres, production suffisante.
– 8 pieds de calebasses, pour tester 4 variétés différentes, deux sélectionnés pour l’avenir, destinées à la réalisation de bols, saladiers, seaux, arrosoirs, instruments de musique… on verra bien.
– Melons, 2 variétés, 6 pieds de chaque, production suffisante.
– Pastèques, 4 pieds, difficile de savoir quand les fruits sont prêts, 3 seulement étaient cueillis à point.
– Tomates, 30 plants de 4 variétés différentes, non taillées, laissées courantes sur la paille; congélation telle quelle des deux variétés de petites (une noire, une rose), soit 20 plants, 20kg congelés.
– Poivrons, 20 plants, récolte correcte, mais pas de capacité de congélation. Le double l’année prochaine.
– Aubergines, 4 plants, idem; 10 plants l’année prochaine.
– Piments très forts, 20 plants de deux variétés, destinée à doubler l’année prochaine.
– Patates douces, excellente récolte l’année dernière sur 15 m², pour l’année; plantation en retard cette année, deux plants ont poussé, récolte : un tubercule de 2 cm^3. J’suis dèg’ !
– 10 pieds de tournesols géants (3 à 4 m de haut), superbes, récolte pas encore triée ni pesée, pour faire un essai de production d’huile.
– Haricots mange-tout : 20 pieds de grimpants (tuteurs = tournesols, maïs), tardifs, récolte il y a peu, stock pour deux mois seulement. L’année prochaine rebelote, mais je referai aussi des nains en début de saison, pour la consommation annuelle.
– Haricots secs, nains (Borlotto), 20 m², stocks 3/4 en frais congelés (5 kg), 1/4 en sec (1.25kg)
– Essai d’amarantes à graines, 40 pieds de 4 variétés différentes. Préférer les précoces, la moitié (les tardives) ont pourri sur pied. Essai de battage à la main, 1h pour 1/2kg (beaucoup de travail pour pas grand-chose), le reste a pourri, pas eu le temps de m’en occuper à cause du boulot. L’année prochaine, je remplacerai par des maïs ou des tournesols, et ne mettrai que quelques pieds au milieu des rangs pour la beauté (de quoi récolter un à deux kg de graines).
– essai de quinoa, aucun pied n’est sorti, et ce depuis plusieurs années.
Voilà pour la saison printemps/été; tous les semis ont été faits à la maison, souvent en retard, sauf 4 plants de tomates achetés histoire d’en avoir en précoce.


Planté pour l’hiver cette année :
– 80 plants de choux, fleurs, Bruxelles, brocolis, milan, plantés un peu en retard. (achetés)
– 200 poireaux, plantés un peu en retard aussi. (achetés)
– semis de navets, oignons, carottes, rutabaga, laitues d’hiver, radis noirs, tous ratés.
– semis de panais (ligne de 4m), et de betteraves (ligne de 4m) réussis, mais un peu en retard.
– topinambours, 20 plants, suffisant pour la conso hivernale.
– blettes, ou poirée, 4 pieds, production suffisante pour l’automne/hiver.
Habituellement, également de la mâche, mais oubliée cette année. Le tout sur deux buttes, soit 30m², au lieu des trois prévues. Heureusement il reste aussi les orties, les pissenlits, et le plantain.
La surface totale me semble suffisante à long terme, hors céréales. Reste à peaufiner les détails, ne pas rater les semis, etc. La congélation se fait dans des grands sacs en carton, congélateur de 700 litres. Les choses pour lesquelles j’ai encore vraiment beaucoup de mal : les laitues, les carottes, les semis d’hiver et surtout les choux, les épinards.

Récoltes des pommes de terre

16 août 2010

J’ai enfin récolté les dernières pommes de terre, celles cultivées sous la paille, et celles cultivées en tours. J’avais prévu de partager des vidéos réalisées lors du démontage des tours, et lors du ramassage sous la paille, mais l’option du blog pour pouvoir y intégrer des vidéos coûte environ 50€/an, ce qui n’est pas rien, et en plus je n’ai pas compris comment faire, les vidéos partagées ne correspondant au final pas à celles que j’avais voulu partager (elles se sont retrouvées largement incomplètes). Donc, pas de vidéos, et quasiment pas de photos non plus, puisque je m’étais contenté de réaliser des vidéos. Tant pis, ce sera peut-être pour une autre fois…

Toujours est-il que la récolte des pommes de terre cultivées sous la paille est un vrai régal. Les pommes de terre avaient été simplement posées au sol, avant d’être recouvertes d’une bonne dizaine de centimètres de paille, et d’une demi dizaine de centimètres de tontes de gazon. Pas besoin de butter, simplement d’attendre que les tiges poussent au travers de la paille, puis se fanent, pour n’avoir au final qu’à soulever la paille, et ramasser à la main les pommes de terre (toutes propres) qui se trouvent dessous. Cette technique est non seulement aussi efficace que la culture en terre avec buttage, puisque la production en est équivalente, mais le travail en est fortement diminué, et la terre n’est pas du tout abîmée, voire même plutôt améliorée.

J’ai ensuite démonté la première tour à pommes de terre, puis la deuxième, et il y avait bien des pommes de terre sur toute la hauteur. Pour la première, j’ai obtenu une production de 6 kg pour 7 plants, soit une production par plant à peu près équivalente qu’en culture en terre, ou sous paille, à la différence que dans la tour elles sont d’avantage serrées, et qu’elles produisent verticalement plutôt que horizontalement. C’est une déception, car je m’attendais à un rapport de production par pied bien plus important qu’en terre, alors qu’il n’est qu’équivalent, ou bien très légèrement supérieur. De plus, il convient de relativiser encore d’avantage ce rapport, car le travail est plus important que sous paille, puisqu’il faut aller chercher du sable et du terreau, les mélanger ensemble, et remplir les tours puis les démonter à la fin. Si bien que le rapport travail / production obtenue par plant, est au final équivalent à celui en terre buttée, et plus important que sous paille.

Le principal avantage de la tour, en fait, c’est d’augmenter la productivité par surface, puisqu’on peut serrer d’avantage les plants, ceux-ci produisant verticalement plutôt que horizontalement, et les pommes de terre produites restent bien grosses. Elle est donc à mon avis à considérer comme très utile pour des cultures sur balcons, ou dans des petits jardins, mais n’a pas grand intérêt dans un grand jardin de campagne comme le mien. La tour est donc à réserver plutôt à un usage citadin que rural, et dans mon cas je pense que je ne renouvellerai pas l’expérience. De plus, la deuxième tour à pommes de terre était infestée de lombrics et de petits vers blancs qui ont dévoré mes pommes de terre, et la production n’a été que d’à peine plus de deux kilos pour sept plants, ce qui en a encore rajouté à ma déception.

En revanche, la tour à pommes de terre a aussi un intérêt très ludique, et les enfants étaient ravis de participer, tant à l’installation qu’au démontage. Une fois débarrassé de ses pommes de terre, le mélange sable/terreau et les nombreux lombrics et autres larves de hannetons ont fait leur bonheur :

Premiers inconvénients des buttes

3 août 2010

Je rappelle tout d’abord, pour ceux qui n’auraient pas suivi, que cet hiver, j’avais aménagé environ 80m² en buttes, enroulées les unes sur les autres deux par deux, et que j’avais nommées respectivement les buttes « galaxie », et les buttes « escargot ». La première saison d’utilisation étant lancée, il fallait bien que ça arrive, voici les premiers inconvénients qui apparaissent.

Tout d’abord, premier inconvénient, la forme ne me permet pas d’y installer mon tracteur à poules, et de l’utiliser dans la transition entre différentes cultures. En effet, le tracteur à poules, déplaçable, me permet de placer les poules sur une planche de culture, buttée ou non, lesquelles vont se nourrir des restes de la culture après récolte, vont désherber la planche, et la fertiliser avant la culture suivante. Or, mon tracteur à poules n’est pas articulé, et ne peux pas épouser la forme de mes buttes. Pour y remédier, je vais devoir me confectionner un deuxième parc modulable, carré, d’environ 6×6 mètres, pour installer mes poules sur deux buttes à la fois, et qui ne sera donc utilisable que sur ces deux paires de buttes (quoique ça me permettra aussi de placer le poulailler sous les cerisiers, ou sous d’autres arbres fruitiers, lorsque l’avancement de la saison fera choir les fruits trop mûrs, et dont les poules pourront ainsi profiter).

Deuxième inconvénient, les allées ne sont pas assez larges. Elles font le même écartement qu’entre les toutes premières buttes que j’avais faites, rectilignes ; mais comme cette fois j’ai beaucoup creusé et fait des pentes assez abruptes, les cultures ont tendance à prendre de l’ampleur, et à recouvrir les allées, rendant le passage difficile. Le double (un mètre) n’aurait pas été de trop. J’avais de toutes façons prévu de ne pas pouvoir y accéder avec la brouette, ce qui ne me paraissait pas dérangeant à priori, et qui effectivement n’est toujours pas un gros handicap, mais par contre, je ne peux pas non plus y passer ni avec la faux, ni avec la tondeuse à gazon car, si l’allée est prévue pour faire la même largeur que la tondeuse, en réalité celle-ci ne peut pas tourner dans les virages. Je dois donc désherber mes allées à la houe, et même là, il est parfois difficile de la manier.

Donc, si c’était à refaire, je prévoirais plutôt des allées d’un mètre de large, pour des buttes d’ 1.10m/1.20m de large.

Enfin, voici quelques photos supplémentaires pour le plaisir des yeux :

– Buttes escargot, dominées par les amarantes :

– Les petits pois s’accrochent aux majestueuses amarantes :

– Tournesols et haricots grimpants à gauche, topinambours à droite, et les patates douces qui pointent leur nez à travers la paille au centre :

– Les amarantes commencent à former leurs pannicules :


– Quelques piments extra-forts, qui commencent à se colorer :

Prochain article jardin dans quelques jours, pour la récolte des pommes de terre, sous la paille et en tours…