Posts Tagged ‘décroissance’

Depuis la permaculture, jusqu’à la civilisation (2/3)

5 juin 2016

Voici la deuxième partie de mon article destiné à clôturer ce blog.

L’efficience de la technique, le capitalisme décroissant :

Avec mon potager et mes tentatives d’auto-suffisance, je cherchai constamment, comme je l’avais proposé dès la création de mon blog, à « faire en sorte que le travail puisse à la fois être efficace, flexible, rentable et soutenable, tant écologiquement que socialement, familialement, et individuellement. Pouvoir travailler à la fois au mieux, et le moins possible, pour pouvoir disposer d’un maximum de temps libre ». Pour cela il me fallut bien entendu rationaliser mon travail. Et à force de rationaliser mon travail, à force de le rendre efficace et économe, c’est-à-dire à force de vouloir le rendre « efficient », j’ai fini par comprendre que le meilleur moyen pour cela était la mécanisation, c’est-à-dire l’outillage, la technique et la technologie.

J’ai fini par comprendre que ceux-ci n’étaient jamais néfastes, car ils permettent toujours de gagner en efficience, et donc de pouvoir utiliser à la fois moins de ressources et moins de main-d’œuvre pour un même résultat, grâce aux « gains de productivité ». J’ai donc compris que ces gains de productivité sont toujours bénéfiques, et qu’ils ne sont pas à l’origine de cette hiérarchisation sociale croissante des populations à laquelle nous assistons depuis le néolithique. En réalité je me demande même, aujourd’hui, si cette hiérarchisation sociale est véritablement croissante ou non, proportionnellement à la densité de population et à la promiscuité entre les individus ; mais ce n’est pas l’objet du jour.

En tous cas, si ces gains de productivité permettent d’utiliser moins de ressources pour un même résultat, alors c’est qu’ils ne posent pas de problème écologiques a priori, et qu’ils sont même une solution à la « finitude des ressources ». C’est que les primitivistes, et autres « luddites », ces écologistes qui mettent en cause la technique et la technologie en pensant qu’elle nuit à l’environnement (et par là à l’humanité), commettent une erreur logique de raisonnement. Oui, une croissance infinie dans un monde fini est tout à fait possible, car avec les gains de productivité nous utilisons constamment de moins en moins de ressources et de moins en moins de travail, pour en obtenir constamment un bénéfice de plus en plus grand, un confort de plus en plus important, et une qualité de vie toujours meilleure : c’est le principe de la « prospérité » économique (contrairement à celui de la « croissance » du PIB).

La technique et la technologie, les gains de productivité et la prospérité économique, sont au final les meilleurs gages de la décroissance, ceux qui permettent de fournir le moins d’efforts possibles, et d’utiliser le moins de ressources possibles, pour en obtenir le meilleur bénéfice. La solution à la prospérité n’est donc ni dans le « travailler plus pour gagner plus », c’est-à-dire dans l’augmentation systématique du chiffre d’affaires, ni dans la « sobriété heureuse », celle de la piété et du renoncement aux plaisirs et aux conforts de la consommation, mais dans un savant équilibre entre un travail efficient et une consommation saine. La solution ne se trouve ni dans l’augmentation systématique ni dans la diminution systématique du chiffre d’affaires, mais dans la recherche du meilleur équilibre entre le chiffre d’affaires et les charges, pour en obtenir le meilleur bénéfice, le meilleur revenu du point de vue du rapport travail/revenu, ou investissement/bénéfice.

La solution ne se trouve donc, ni dans le « productivisme » que prône la droite, ni dans la « culpabilisation du gain » que prône la gauche, elle se trouve dans la rationalité de l’équilibre entre investissement et bénéfice, dans la rationalité immuable, universelle et totalement a-politique, du capitalisme : la meilleure solution pour la décroissance, c’est le capitalisme.

"La nature n'est ni morale ni immorale, elle est amorale"  Thomas Henry Huxley

« La nature n’est ni morale ni immorale, elle est amorale »
Thomas Henry Huxley

La permaculture, libéralisme agraire.

En pratiquant le jardinage, et à plus forte raison la permaculture, j’ai redécouvert des simples règles de bon sens ; j’y ai tout d’abord redécouvert les règles bénéfiques du libre-échange, du laissez-faire et de la non-intervention . La permaculture m’a en effet appris à faire confiance aux interactions entre les différentes composantes individuelles d’un écosystème, comme entre les différents individus d’une société. Elle m’a appris à associer dans l’espace les différentes composantes du sol, et à les faire cohabiter en les faisant profiter mutuellement les unes des autres (« les déchets des uns sont la ressource des autres »). Elle m’a appris à valoriser la succession dans le temps des différentes composantes du jardin, et à lui faire profiter ainsi d’une « destruction créatrice », schumpétérienne, favorable à l’équilibre à long terme du sol. Elle m’a appris à gérer et à canaliser les spontanéités du sol et de l’écosystème, plutôt qu’à les contraindre et les prohiber. Et enfin et surtout, elle m’a appris à accepter la concurrence comme quelque chose de bénéfique et de nécessaire, en me permettant de saisir la différence entre concurrence et compétition ; la concurrence entraînant la différenciation, la spécialisation, l’efficacité et l’efficience, bien plus que la sélection.

Les principes de la permaculture, ceux de l’écosystème, ne sont en fait rien de plus que les principes économiques et politiques du libéralisme et du laissez-faire, mais simplement appliqués à un domaine spécifique, celui de l’agronomie. Et s’ils sont les mêmes, qu’ils y sont applicables de la même manière, malgré qu’ils y aient été découverts séparément, c’est tout simplement parce que ce sont des principes naturels, fonctionnant de manière universelle dans l’écosystème ; l’économie humaine, la société humaine, faisant partie intégrante de l’écosystème, il est logique que ces principes s’y accordent de la même manière. Après les avoir appliqués à mon jardin, j’ai donc ensuite pu les appliquer à ma vie toute entière, ainsi qu’à ma compréhension de l’ensemble de la société humaine comme de celui de l’écosystème.

"Les gens qui combattent pour la libre entreprise et la libre concurrence ne défendent pas les intérêts de ceux qui sont riches aujourd’hui. Ils réclament les mains libres pour les inconnus qui seront les entrepreneurs de demain et dont l’esprit inventif rendra la vie des générations à venir plus agréable. " Ludwig Von Mises

« Les gens qui combattent pour la libre entreprise et la libre concurrence ne défendent pas les intérêts de ceux qui sont riches aujourd’hui. Ils réclament les mains libres pour les inconnus qui seront les entrepreneurs de demain et dont l’esprit inventif rendra la vie des générations à venir plus agréable. « 
Ludwig Von Mises

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Depuis la permaculture, jusqu’à la civilisation (1/3)

28 mai 2016

Après bientôt 7 années d’existence de ce blog, j’ai décidé d’y mettre un point final. De l’eau a coulé sous les ponts, j’ai plusieurs fois changé de vie depuis, et réorienté mes priorités et mes finalités. Je ne vais pas forcément supprimer ce blog, mais je vais le clôturer et arrêter de l’alimenter, après avoir fait le tri pour n’y garder que les articles les plus pertinents, ceux qui peuvent servir universellement à tous les permaculteurs et autres survivalistes en herbe.

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En effet ce blog n’a pour moi plus aucune utilité. Tout d’abord parce que j’ai choisi depuis deux ans de ne plus cultiver de potager et de retourner vivre « en ville » ; et ensuite et surtout parce que j’ai compris, grâce à ce passage par la recherche d’auto-suffisance et les réflexions que celle-ci m’a apporté, grâce à ce « rite de passage » et ce retour aux fondamentaux, les intérêts de la technique et de la technologie, donc les avantages de la civilisation. J’ai compris les intérêts de la division du travail, et du marché ainsi que du capitalisme ; et enfin j’ai compris les intérêts du libre-échange et du laissez-faire, ceux de la prospérité économique.

En effet, non seulement j’ai pratiqué la permaculture, mais du fait de l’échec de ma première expérience d’entreprise, j’ai également poussé la réflexion sur l’économie et la société, jusqu’à me tourner au départ vers le « primitivisme », remettant ainsi en question l’intérêt même de la civilisation. Sauf que cette réflexion, au lieu de me radicaliser, a constitué au contraire une sorte de « cogito » personnel, un retour aux fondements et aux bases de l’économie, de la vie en société et de la technologie ; et une fois atteints ces fondements, une fois redécouvertes les bases fondamentales de l’économie et de la société, j’ai alors pu les apprécier et me les approprier, et repartir du bon pied. Cette réflexion m’a fait « reculer pour mieux sauter ». Aujourd’hui, j’apprécie cette civilisation dont je me suis tant méfié ; et je vante même les mérites de cette société que j’ai tant détesté.

Voici donc aujourd’hui la première tranche de cet article en trois parties, qui va sans doute faire couler de l’encre, parce qu’il risque d’en choquer plus d’un, surtout parmi ceux qui ne me connaissent pas encore, ou qui ne me suivent pas sur Facebook ou sur mon autre blog. Peu importe, ces idées sont désormais les miennes, et elles sont ce que j’ai compris et acquis par cette expérience ; elles sont à prendre comme telles, ou à laisser. Elles ne sont que ma propre vision des choses, qui plus est ma vision actuelle des choses. Que celui qui s’en offusque le fasse s’il le souhaite, mais surtout, que celui que cela questionne n’hésite surtout pas à le faire : si mes idées peuvent servir à d’autres, tant mieux ! Dans tous les cas, bonne lecture à tous !

 

De l’auto-suffisance à « l’auto-assurance » :

Après bientôt 7 années d’existence de ce blog, bien des choses ont changé. Tout d’abord j’ai déménagé et changé de département, et surtout j’ai quitté la campagne pour une petite ville, qui devient de plus en plus « péri-urbaine ». Du coup, depuis bientôt deux ans, je n’ai plus de jardin. J’ai d’abord cru que cela me manquerait, mais en fait je me suis rapidement rendu compte que la vie rurale ne me convenait finalement pas, pas plus que le jardinage. Les campagnes se vident en même temps que les villes s’étalent, et la vie rurale est finalement assez fade, dans le meilleur des cas elle est en pointillés. Quant au jardinage, être constamment dans la préparation de la saison suivante me pèse, à long terme.

Aussi, je ne pense plus aujourd’hui que l’avenir puisse se trouver pour moi dans une vie d’autonomie, et de solitude voire d’ermitage ; ni même dans une vie en communauté restreinte, isolée et autarcique. Aujourd’hui je pense qu’elle se trouve en ville, ou bien non loin de celle-ci, au milieu de l’activité économique et culturelle, là où il y a des échanges et du mouvement, de la circulation et de la communication, de l’innovation et des transactions. Je ne regrette bien évidemment pas ce passage par un « retour à la terre », au contraire cela a été très formateur, mais justement, ma formation autodidacte est terminée, et je peux aujourd’hui retourner à la « civilisation » en connaissance de cause, en en comprenant et en en appréciant les rouages.

En effet, si je me suis lancé dans le jardinage avec autant d’énergie, c’est avant tout parce que j’avais d’une certaine manière été traumatisé par l’échec de ma première expérience d’entreprise, laquelle me tenait très à cœur. Pire, m’étant retrouvé endetté et incapable de subvenir à l’alimentation de mes enfants en bas-âge, je m’étais juré de toujours garder un potager productif, suffisant pour assurer un minimum d’assurance de pouvoir nourrir ma famille, y compris en cas de coup dur. Et après 5 ans de jardinage, et l’acquisition des techniques de permaculture, j’ai fini par obtenir cette assurance, ce savoir-faire et cette capacité productive. Tant et si bien que cette seule assurance, cette seule certitude de savoir le faire et donc, d’être capable de le refaire si nécessaire, s’est retrouvée suffisante : dès lors pas besoin de cultiver un jardin en permanence, d’y consacrer du temps et de l’énergie, j’avais retrouvé confiance en moi et en l’avenir, le simple fait de m’en savoir capable me suffisait. Et je cessai alors de rejeter la faute de mon propre échec sur celui de la société toute entière, pour enfin accepter mes propres erreurs et m’autoriser à repartir sur le bon pied. Cette expérience de jardinage avait eu pour moi l’effet d’un rite de passage : en apprenant la survie autonome, j’avais acquis une nouvelle confiance en moi, et étais enfin devenu adulte.

 

La division survivaliste du travail :

Par cette recherche d’autonomie et d’autarcie, par cette expérience d’auto-suffisance et quasiment de survivalisme, j’ai compris l’intérêt de la division du travail, et donc par là de l’économie de marché. En effet, en voulant tout faire moi-même je me suis rapidement aperçu que le travail nécessaire est bien trop important, que l’autonomie montre très vite ses limites. Très vite on se rend compte que la quantité de choses à produire est trop importante, que le travail nécessaire et la quantité de savoirs à accumuler, sont trop importants pour une personne seule (de plus on n’obtient jamais une autonomie complète, donc on reste toujours dépendant d’un minimum d’aides sociales, donc de l’État et de la société, mais j’y reviendrai un peu plus loin). De même, la quantité et la diversité d’outillages à acquérir, pour peu qu’on accepte de ne pas tout faire à la main, est bien trop importante et bien trop coûteuse.

Très vite, on se rend donc compte qu’il vaut bien mieux se spécialiser dans une production particulière, et échanger avec d’autres ; ainsi on est davantage efficace dans sa production, on acquiert de la maîtrise, du savoir-faire, voire du talent dans ce qu’on fait, donc on produit mieux, plus rapidement et avec moins de pertes, donc « moins cher ». Très vite on se rend compte qu’il vaut mieux investir dans de l’outillage spécialisé et dédié à une production particulière, ainsi on est plus efficace dans sa production et l’investissement est moins dispersé ; avec un outillage adapté permettant de produire à plus grande échelle, on réalise des « économies d’échelle », donc on produit « moins cher », et on le rentabilise bien plus facilement.

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Au final tout le monde y gagne : moi d’abord, parce que au lieu de produire beaucoup de choses mais toutes de manière médiocre (puisque je n’ai pas suffisamment de temps et d’énergie à consacrer à toutes), je produis un seul type de bien ou service mais de grande qualité (puisque je m’y consacre davantage, j’y investis davantage de temps, d’énergie et de réflexion, tout en disposant d’un meilleur outillage), que je peux alors échanger à un meilleur prix, donc en échange d’autres biens ou services eux aussi de meilleure qualité ; j’améliore donc ma situation. Et ceux avec qui j’échange y gagnent également, parce que eux aussi peuvent alors échanger avec moi et obtenir des produits de meilleure qualité, et à un moindre coût que s’ils avaient dû le produire eux-mêmes, ce qui diminue donc finalement leur propre coût d’opportunité (le coût qu’ils auraient dû fournir à ma place pour obtenir le même bien, de qualité équivalente).

J’ai ainsi redécouvert ce qu’était un coût d’opportunité, tel qu’énoncé par Adam Smith. Ainsi que le principe énoncé par Condillac, selon lequel toute transaction crée toujours deux richesses, l’une pour le vendeur l’autre pour l’acheteur, puisque l’un s’est séparé de son bien à un prix qu’il juge supérieur à l’utilité qu’il pense avoir de ce bien, en même temps que l’autre l’a acquis pour un prix qu’il juge inférieur à l’utilité qu’il pense avoir de ce bien. Je redécouvris donc ainsi la théorie subjective de la valeur, et abandonnai celle, simpliste, de la valeur-travail.

Dès lors, en bon survivaliste, je compris que si je voulais être certain de survivre, et à plus forte raison si je souhaitais obtenir en outre un certain confort, il me fallait, non pas m’enterrer tout seul dans un trou perdu et tout produire par moi-même, mais plutôt produire à grande échelle avec un outillage adapté, pour ensuite échanger avec d’autres et effectuer avec eux des transactions. C’est-à-dire que si je voulais avoir l’assurance d’obtenir ne serait-ce que le minimum vital, et à plus forte raison si l’enjeu était d’obtenir un certain confort, le meilleur moyen pour y arriver était d’opter, non pas pour l’auto-suffisance, mais pour la division du travail et l’économie de marché. Et si ma première expérience n’avait pas fonctionné, ce n’était pas la faute du système économique tout entier, c’était simplement parce que je n’avais pas encore acquis la compétence et le savoir-faire spécialisé, nécessaire à mon insertion dans cette économie de marché qui ne m’a pas attendu. La meilleure option survivaliste, c’est donc l’économie de marché.

Suite au prochain épisode.