Qui je suis

Je suis un va-nus-pieds. Un de ces écolos-décroissants qui n’hésite pas à récupérer tout un tas de bricoles qui habituellement mériteraient plutôt la décharge; un de ces « feignants » qui ne taille pas ses haies au carré, et qui laisse toujours un coin de son jardin en frîches. Qui laisse une odeur de friture dans les narines lorsqu’on le croise avec sa voiture, et aucune odeur de laque ni de désodorant lorsqu’on le croise à pieds. Qui met ses déchets verts à fermenter dans des pneus au lieu de les brûler, et qui promène ses toilettes toutes les semaines dans une brouette jusqu’au fond du jardin. Qui se croit encore au moyen-age, et qui tond la pelouse à la faux et laboure son jardin à la main. Qui ne prend pas la voiture mais le vélo pour rendre visite aux voisins, et qui reçoit souvent la visite de camions peinturlurés aux plaques d’imatriculations lointaines, emplis de personnages non-comformistes avec lesquels il écoute (voire joue) de la musique de flibustiers iroquois ou de gobelins.

J’ai 28 ans. Je suis marié, j’ai deux enfants. Je vis dans le département du Gers, non loin de Vic-Fezensac. Je suis brasseur, je fabrique de la bière bio (la « Flibustière »); même si j’ai momentanément mis fin à ma chancelante entreprise artisanale, en attendant de pouvoir repartir sur de meilleures bases.

J’ai eu dans ma vie un parcours assez éclectique; j’ai obtenu un BAC littéraire, puis, après avoir étudié à la fois la philosophie, la langue russe, l’histoire et l’espagnol à Toulouse, je me suis réorienté en université scientifique, où je suis resté jusqu’au niveau BAC+3, en sciences de la Terre, à Toulouse également. Et où j’ai notamment beaucoup travaillé sur les sols et la pédologie.

J’ai également beaucoup voyagé au cours de ma vie, sur presque tous les continents, de l’Afrique de l’ouest à Madagascar, de Cuba à la Guyanne française en passant par le vénézuela et la guadeloupe, de l’Angleterre au Portugal et au Maroc, et jusqu’au Népal.

Avant l’aboutissement de mes études scientifiques, j’ai eu la naissance de mon premier enfant. Du coup, après maintes hésitations, nous avions décidé avec ma femme, de quitter la ville de Toulouse, pour pouvoir élever nos enfants à la campagne plutôt qu’en appartement citadin. Nous nous sommes installés dans la campagne gersoise, où ma foi il y fait plutôt bon vivre.

Outre la raison parentale, une autre raison m’avait poussé à partir à la campagne et à prendre du recul sur mes études scientifiques. En effet, comment aurais-je pu continuer ainsi à étudier les sols, à étudier notamment l’impact de l’agriculture sur nos sols, sans jamais être capable de me mettre à la place de celui qui travaille ce sol? Comment réellement pouvoir comprendre la pédologie, sans mettre les mains dans la terre pour cultiver, et passer ainsi de la théorie à la pratique? Avant de devenir un fonctionnaire capable de conseiller des agriculteurs, avant de faire des thèses sur telle ou telle pratique agricole, avant d’émettre des théories sur telle ou telle propriété ou variable de la pédogenèse, j’en avais l’intuition, il me fallait cultiver mon propre jardin, semer mes propres céréales, planter mes propres arbres. Sinon, mon travail n’aurait pas eu de sens.

Du coup, du fait de me retrouver en campagne, loin de la ville, j’ai vite abandonné l’idée d’y retourner régulièrement pour y poursuivre mes études, et j’ai finalement créé mon entreprise, localement, à partir d’un travail manuel, et compatible avec la vie rurale. Et je me suis bien évidemment lancé dans la culture de mon jardin. Mais la vie en campagne m’a apporté bien plus; du simple jardinage, je me tourne petit à petit vers la permaculture, et vers une certaine forme d’autonomisation financière, par l’utilisation et la valorisation des ressources de mon jardin – dont j’aimerais qu’il devienne bien plus qu’un simple potager – et par l’utilisation et la valorisation de toutes les ressources et les énergies du lieu où je vis avec ma famille. Et depuis quatre ans que je suis sur cette voie, j’ai acquis une certaine expérience, ainsi qu’une certaine réfléxion théorique (basée cette fois sur de la mise en pratique), que j’aimerais partager avec d’autres. Et c’est bien sûr tout l’intérêt de ce blogue.

Mon expérience d’artisanat m’a également beaucoup donné à réfléchir. Sur le fonctionnement de l’économie libérale, de l’économie capitaliste. Sur les shémas de croissance dans lesquels se trouvent embarqués tous les indépendants. Cette vie d’entrepreneur n’était pas forcément en accord avec mes idéaux: au niveau de la quantité de déchets produits, et des nombreuses difficultés pour les valoriser ou même pour éviter de les produire. Au niveau de l’énergie grise de tout ce avec lequel on travaille: pour vous donner un exemple, je produisais de la bière bio, avec des ingrédients bios produits en France, transformés en Allemagne, puis utilisés en France au final; donc bios, mais lourdement chargés en carbonne. Egalement, cette vie d’indépendant était incompatible avec la vie que je désirais, pour pouvoir prendre du temps pour mes enfants, et dans mon jardin ou dans diverse activités pas forcément rentables financièrement, et pour diminuer mes dépenses et mon temps de travail en compensant un maximum de mes besoins par mon travail autonome. Et enfin, mon expérience m’a également amené à réfléchir sur les difficultés à faire de la production qualitative dans notre pays, et qui ne soit pas réservée à une élite. Qui au contraire soit abordable pour mes amis ou ceux qui pourraient l’être; pour des gens qui, comme moi, sont d’avantage sur une voie de diminution du temps de travail, plutôt que sur la voie du  ‘travailler plus pour gagner plus’. Du recul que j’avais pris sur la recherche, je passe donc maintenant à une prise de recul sur l’artisanat, et sur l’économie en général. Ce qui m’amène à de nouvelles réfléxions, que je vais pouvoir partager avec vous sur ce blogue. Réfléxions avec lesquelles j’aimerai pouvoir être cette fois en accord, lorsque je remettrai en route mon travail rémunérateur. 

Faire en sorte que le travail puisse à la fois être efficace, fléxible, rentable, et soutenable, tant écologiquement que socialement, familialement, et individuellement. Pouvoir travailler à la fois au mieux, et le moins possible, pour pouvoir disposer d’un maximum de temps libre. Telle est la principale recherche de ce blogue.

12 Réponses to “Qui je suis”

  1. kamel Says:

    Super ton blog ramite!!!

    Tiens nous au courant vite au sujet des pièges à houblon pour limace!!!

  2. l’arpent nourricier » Graine de flibuste Says:

    […] la réserve d’articles en conserves, je renvoie sans vergogne le lecteur vers le blog de Ramite, au nom évocateur de Graine de flibuste. On n’y sera pas dépaysé, c’est encore dans […]

  3. lnde3 Says:

    sympa ton blog je reviendrai pour les conseils de jardinage entre autre choses

  4. Brouckaert Yves Says:

    J’ai lu « Qui suis-je » dans Graine de flibuste. Il me faudrait le relire pour en retirer toute la pulpe nourricière.

    C’est sympathique et bien rédigé, mais un peu trop écolo à mon goût.

    Tu écris par exemple que ton artisanat (élaboration de bières) générait de grosses quantités de déchets dont tu ne savais que faire. Je connais (j’y t’su wallon) les ingrédients qu’on incorpore principalement dans la bière; je ne parle évidemment pas de la Heineken, ni de la Stella, ni encore de cette bière alsacienne dont j’ai très vite oublié le nom, qui ne sont pas de la bière mais un liquide éventuellement appréciable par les Anglais, les Hollandais et les Allemands. Aucun des déchets de brassage n’est réutilisable, que je sache, qu’il s’agisse des drèches et autres.

    Le seul reproche que l’on puisse faire au brassage, c’est à mon avis la consommation importante d’énergie.

    Mais on peut contourner ce problème par le chauffage des cuves au moyen de bois, de pellets, de broyat de plantes dont j’ai oublié le nom, faciles à cultiver et qui sont récoltées avec une ensileuse à maïs légèrement transformée. Je peux, si tu veux m’informer auprèsd’un copain qui se chauffe avec ce matériau. Evidemment, il faut du terrain et un peu de matériel.

    La seule vraie question que je me pose c’est la qualité de ta terre, d’une part; d’autre part, vu le manque de recul, on ne peut connaître les effets pervers sur le sol que peut représenter cette culture, si tu en fais une monoculture. Je me tiendrai au courant.

    Surtout, si tu disposes de terres en suffisance, tu peux produire toi-même l’orge brassicole, le houblon (mais j’ignore s’il supporte les chaleurs et les sécheresses qui règnent sur le Gers.
    Bon cela demande un sérieux apprentissage !

    On trouve généralement dans ces régions montagneuses le moyen de produire un foin de fleurs sauvages, sur un sol qui n’a de tout temps été livré qu’au pâturage. Il faudrait étudier ces végétaux et essayer d’incorporer leurs saveurs dans ton breuvage.

    Je me souviens d’un été pourri dans le Cantal où, progressant à flanc de coteau, nous longeâmes une grange-étable typique dans cette région. Il se dégageait de cette grange un parfum si subtil, mélangé de toute la gamme des graminées originelles, que nous ne pûmes nous empêcher d’aller nous y vautrer, l’envie d’en manger ou d’en emporter un peu pour en faire une soupe me démangeait. J’en garde un souvenir inoubliable. Je suis repassé par ce chemin qques années plus tard, mais tout avait été abandonné, même les jolies Salers avaient disparu…

    Je peux, si tu veux, te donner l’adresse d’un petit-cousin téméraire qui est ingénieur agronome et maître brasseur. Il a osé se lancer dans la fabrication de bières artisanales, avec des saveurs, des amertumes, des arrières goûts dans la bouche et l’un ou l’autre ingrédient qui donnera à cette bière, quelle qu’elle soit, son unicité.

    L’investissement, même pour une installation de petite taille est très lourd. Mais on dit qu’une fois que l’on a brassé et obtenu une bière de qualité, on ne peut plus s’arrêter de son vivant d’en produire…

    Tu dis que tu obtiens tes ingrédients de l’agriculture biologique en France et qu’ils sont préalablement traités en Allemagne. A ta place, Je serais extrêmement prudent et tenterais de produire moi-même et de transformer sur place les différents ingrédients. A moins que tu ne bénéficies de la quadri-location te permettant de dormir sur chacun des champs produisant ces éléments. Sans quoi j’hésiterais longtemps avant de qualifier quoi que ce soit de « Bio ». Bon, ce que j’en dis…

    Une seule manière, mais cela peut être trompeur, c’est de constater la présence de certaines mauvaises herbes faciles à détruire chimiquement.

    Mais je suis sceptique.

    Pour conclure, hormis des conseils pratiques, je ne peux sûrement rien t’apprendre, je n’ai pas suffisamment d’instruction pour bien saisir à la première lecture ce que tu as écrit. Mais c’est intéressant, très intéressant !

    Il me vient une dernière idée : entre à la Trappe durant une dizaine d’années et tu finiras peut-être par tromper la vigilance du moine responsable des brassins et lui arracher ses secrets.
    Je connais plusieurs trappes qui pourraient convenir car elles produisent les meilleures bières du monde.

    Information complémentaire : on en trouve aussi bien au Nord qu’au Sud du pays, tu peux donc choisir ton camp. Mais de toute manière, ne viens pas sans biscuits, ce sera très bientôt la pétaudière !

    Yves.

  5. cefti_35 Says:

    Bonjour Ramite

    dans l’arpent nourricier, afin de démarrer allégé (cotisation) une activité de maraichage tu parles de se déclarer en simple particulier exploitant ses terres … En supposant que mon probable futur bailleur accepte ce mode de vente directe aux particuliers, j’aimerais savoir en effet où on se déclare afin d’avoir les autorisations (aux impôts?DDTM?MSA en non cotisant? ……. )

    merci à toi

    • Ramite Says:

      Bonjour, bienvenue 😉
      Il faut uniquement remplir une certaine déclaration aux impôts à la fin de l’année, en complément de la déclaration d’impôt sur le revenu. Mais mieux vaut sans doute aller les prévenir avant, pour éviter les soucis. Tu ne pourras vendre qu’à des particuliers, et surtout, dans une certaine limite de surface d’exploitation, donc renseigne-toi bien.

  6. Maryne Says:

    Bonjour Ramite,

    Je viens « de la part de » Dominique (http://anarchisme-vert-anarcho-primitivisme.blogspot.com) car je souhaiterais vous poser plusieurs questions sur votre mode de vie, de façon assez précise. Auriez-vous une adresse mail (personnelle ou non) à laquelle je pourrais vous joindre?

    J’espère que vous accepterez d’entrer en contact avec moi. Vous pouvez me joindre à l’adresse mail que j’ai laissée dans le formulaire d’envoi de réponse, n’hésitez pas.

    Je vous souhaite une bonne soirée.

  7. gallego Says:

    Quelle belle façon de vivre , je me lance à mon tour dans la permaculture avec l’optique principal de voir comment va évoluer ce jardin, aucun désir de rapport quantitatif, juste un lieu de contemplation ou pousseront ou non ces germes de vie. je cultive toute l’année graines germées,jeunes pousses mais surtout plantes sauvages comestibles(de la nourriture à foison, disponible sans aucun travail autre que celui de la connaissance). Ce jardin extérieur sera mon lieu de détente et d ‘observation.
    J’ai également un peu laisser de côté une entreprise de jardin espace vert je cumule déjà deux jobs. Je me suis posé la question mais à quoi bon? Mon travail consiste aujourd hui à trouver les meilleurs moyens pour satisfaire mon bien être personnel.Je vis dans la simplicité de ne m’attacher qu’à l’essentiel avec optimisme, joie de vivre et partage.
    Bon courage dans tous ce que vous entreprenez et je vous dire mon chapeau pour l ‘aménagement du camion. Trop sympathique. Que la paix soit avec vous. Denis.

    • Ramite Says:

      Bonjour Denis, bienvenue et merci.
      Aujourd’hui je ne cultive plus grand chose, j’ai pas mal d’autres choses à faire. Bonne aventure de jardinage à vous, et bonne contemplation 😉

  8. SF Says:

    « Pouvoir travailler à la fois au mieux, et le moins possible, pour pouvoir disposer d’un maximum de temps libre. »

    Chercher le maximum de temps de loisirs, est-ce vraiment le mieux ?
    Le travail, la satisfaction autonome de ns besoins et/ou la participation au fonctionnement de la société, ne participe pas t-il pas du bonheur ?

    Je trouve vos affirmations bien dangereuses…

    • Ramite Says:

      Il n’y a aucune affirmation : il ne s’agit que d’un choix personnel, en aucun cas je n’ai eu une quelconque volonté de généraliser ce choix.
      De plus, cette recherche, qui a débuté il y a maintenant quelques années, m’a amené à de nombreux changements de points de vue, puisque d’un souhait d’autonomie et de « survivalisme soft », je me suis mis à apprécier la spécialisation économique, l’économie de marché et le capitalisme. Cf mon autre blog 😉

  9. Yves Brouckaert Says:

    j’avais complètement oublié m’être fendu de ce commentaire. J’ignorais même si tu avais subsisté aux années…
    Ce petit mot pour dire : je suis toujours vivant !

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