Archive for décembre 2009

Ambitions potagères

19 décembre 2009

Voici venu le temps de faire un bilan du concept de mon potager.

D’abord, j’ai quelques rotations qu’il faut que je revoie, qui ne se succèdent pas tout à fait correctement. Et certaines surfaces de cultures spécifiques qu’il faut que j’agrandisse. 

Ensuite, comme je l’ai dit précédement, mon potager ressemble de plus en plus à un potager en méthode biointensive.  Sauf que je ne respecte pas du tout les proportions céréales/légumineuses/légumes verts. Je cultive très peu de céréales ; du coup, je n’ai pas assez d’apports en carbonne. Il va donc falloir que j’en apporte depuis l’extérieur. J’apportais du mulch avec le fauchage de la pelouse, auparavant, mais j’en ai tout juste assez, et puis l’herbe, même haute, est riche en azote mais pas assez en carbonne. Surtout depuis que je la coupe à la tondeuse: elle est tondue alors qu’elle est encore très peu haute, et elle est toute broyée. Tandis que lorsque je le faisais à la faux, j’attendais qu’elle soit plus haute, du coup elle était plus riche en carbonne, et elle donnait des mulchs plus aérés.

Et puis, les résultats au niveau du sol sont bien meilleurs avec une bonne couche de paille qu’avec de l’herbe. J’ai fait l’essai, le sol est moins saturé d’eau, il respire mieux, et il y a moins de limaces. Le paillage d’herbe est un peu étouffant, surtout avec mon sol très argileux. Et surtout l’hiver.

Et puis j’ai découvert il y a peu, une méthode qui me plait beaucoup, la méthode d’Emilia Hazelip, qui est à mon sens un très bon compromis entre la bio-intensive et l’agriculture naturelle de Masanobu Fukuoka. Et je m’y essaierai bien. Cette méthode consiste justement à couvrir l’intégralité du sol (buttes et allées) avec de la paille, et à mélanger les cultures sur la même butte, afin de ne plus du tout toucher au sol. Et outre le fait de diminuer de manière importante le travail du sol, cette méthode intègre à merveille quelque chose que j’ai encore très peu intégré dans mon potager : les associations de culture. Le seul problème à mon sens de cette méthode, c’est qu’elle paraît nécessiter un peu plus de surface que la bio-intensive, pour une production équivalente. Et encore, c’est à voir, une fois les associations bien agencées. Je vais donc tâcher de tendre doucement vers cette méthode. Pas besoin de se précipiter non plus.

Aussi, ce bilan, et ces nouvelles découvertes, m’ont permis d’aboutir à une petite liste des 20 choses que j’aimerais bien faire, mettre en place, ou entamer, l’année qui vient, concernant mon potager. Les voici :

  1. Acheter de la paille, bio si possible. Pour couvrir le sol de mon potager. Pour chacune de mes planches de 10m², ça devrait me coûter moins de 3€/an, donc je pense que ça ne serait pas une dépense superflue et compulsive.
  2. Tester et comparer deux méthodes pour cultiver mes pommes de terre : la méthode de Claude Bourguignon, qui consiste à déposer simplement les plants au sol et à les recouvrir d’une bonne couche de paille, et la tour à pommes de terre, dans des pneus de récup.
  3. Cultiver plusieurs variétés de pommes de terre, pour continuer de me régaler quels que soient les plats, à la braîse, en râclette, en grâtin, en frites,… au moins quatre ou cinq variétés différentes.
  4. Doubler la taille de mon tracteur à poules, et la taille de mon « cheptel ». L’améliorer pour pouvoir le déplacer plus facilement, voire pour pouvoir le faire seul. Et en améliorer les pondoirs.
  5. Agrandir ma surface cultivée, pour intégrer le compostage dans la rotation, à même les planches de culture, sous une bonne couche de paille, pendant une bonne saison. Notamment pour le compostage de la litière provenant des toilettes sèches. Après l’avoir fait chauffer dans le composteur pendant un bon mois, bien sûr.
  6. Me fabriquer un éco-urinoir, séparé des toilettes sèches, pour recueillir les urines, et apprendre à utiliser cet engrais liquide, régulièrement disponible.
  7. Augmenter ma production de consoude, et comparer des utilisations différentes: épandage en mulch, broyage et incorporation (tour à pommes de terre, notamment), purin,… Et tester le paillage d’orties pour les liliacées.
  8. Augmenter la taille de mon potager pour y intégrer quelques céréales : maïs doux, amarantes, quinoa, orge. Et utiliser leurs pailles sur place, pour contribuer au mulch. De même que les pailles de fêves, de haricôts, les feuilles de plantes-racines, etc. : en laisser le maximum sur place, pour en mettre le minimum en compost.
  9. Utiliser des plantes comme tuteurs, pour ne pas avoir à en installer : maïs, quinoa, amarantes, topinambours, et peut-être même quelques tournesols. Ce qui constituera une association.
  10. Cultiver en faisant grimper sur les plantes-tuteurs, les manges-tout, et les pois gourmands, plutôt qu’en nains, afin de moins se casser le dos à les ramasser, la récolte étant échelonnée tous les deux ou trois jours pendant tout l’été.
  11. Cultiver les courges, les melons, les pastèques, les courgettes, et autres cucurbitacées, aux pieds de ces grimpantes/tuteurs, pour parfaire ce type d’association bien connue.
  12. Cultiver des haricôts secs. J’ai découvert il y a peu, que les haricôts secs, c’est comme les fêves, et les petits pois : si on les récolte frais, et qu’on les conserve au congélateur, ils deviennent tendres, faciles et rapides à cuisiner, et vraiment très bons. Du coup, je les cultiverai plutôt en nains, la récolte étant unie, pour utiliser les plantes-tuteurs plutôt pour les gourmands et manges-tout.
  13. Multiplier par quatre mes quantités de plants de topinambours, pour augmenter ma production, et les intégrer dans la rotation, les topinambours enrichissant la terre de manière intéressante.  Leur « couper la tête », avant la floraison, afin de les forcer à faire des branches, pour faciliter la tenue des pois gourmands (j’ai fait l’essai cette année, ça marche, et en plus les tubercules étaient plus gros).
  14. Essayer des légumes que je ne connais pas encore, ou que je n’ai pas l’habitude de cuisiner ou de cultiver, chou-râve, céleri, panais, rutabaga, butternut, etc., et même des coloquintes. Cultiver aussi des fleurs, tant qu’à faire qui se mangent, comme de la capucine (qui en plus est bénéfique en association avec la tomate), ou bien dont on peut manger les graines après la floraison, comme le lin (et qui en plus repousse les doryphores des pommes de terre). Et privilégier des variétés fécondes, pour pouvoir récupérer les graines pour les années à venir.
  15. Faire des essais de culture d’orge. Etant brasseur, j’aimerais bien, un jour, obtenir ma production autonome d’orge et de houblon, et en assurer la transformation, pour être indépendant sur toute les phases de l’élaboration de cette boisson. Et autant commencer les essais maintenant, à petite échelle, sur la taille d’une de mes planches. Il me faudra faire des essais différents: en association avec des petits pois nains, comme j’en ai semé cet automne ; ou avec la méthode Fukuoka-Bonfils. Je reviendrai plus en détail, bien sûr, sur ces méthodes pour la culture de l’orge.
  16. Réfléchir à d’autres associations, notamment poireaux/carottes, poireaux/radis-noirs, ou poireau/betteraves, pour l’hiver prochain.
  17. Transformer, petit à petit, toutes mes planches en buttes, et, tant qu’à en créer d’autres, tester d’autres formes de buttes que des buttes droites, alignées nord-sud (m’ouvrir à une forme d’esthétisme, quoi). Augmenter également légèrement les allées inter-buttes (au moins de la largeur de la brouette, quoi).
  18. Améliorer ma faux, et m’acheter une pierre à affuter, pour pouvoir me remettre à utiliser ce fâbuleux outil.
  19. Construire et installer quelques nichoirs à oiseaux, à l’abri des chats, lesquels sont bien utiles au jardin contre les mulots, mais nuisibles aux bénéfiques populations de volatils.
  20. Faire les plans de mon futur tracteur à pédales, ou cycloculteur, que je compte un jour mettre au point (au mieux une fois que j’aurai appris à souder), pour me faciliter le travail du sol, me le « mécaniser ».

voilà déjà une bonne liste; je vais avoir du boulot. Et pour commencer, j’ai mis au point ma nouvelle rotation, sur 7 ans (contre 8 auparavant), et sur 14 buttes (contre 10 auparavant). Soit 140 m² cultivés, c’est à dire un peu moins de 50 m² / personne (encore une fois, je compte mes deux enfants comme l’équivalent d’un adulte). Voici le tableau de cette rotation (en espérant que vous arriviez à le décoder) :

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Journée neige

18 décembre 2009

En cette journée neige, une première photo de mon jardin, prise depuis le sud. Pour avoir l’impression d’avoir tout de même réussi à faire quelque chose de cette aprèm de dégel…

De gauche à droite :

– la planche entourée de planches, sur laquelle est semée de l’orge de printemps (semé dès l’automne, oui, je sais, c’était pour essayer), mélangé à des petits pois nains.

– La planche qui contient les ombellifères (carottes et panais), les radis noirs, les blettes et les betteraves, puis les poireaux, et les crucifères, des plus petits aux plus grands.

– Le champ de fèves, où elles sont toutes très bien sorties.

– Le champ de pois chiches, mais dont pas un seul n’est sorti.

-enfin, une frîche , anciennement désherbée par le tracteur à poules, et qui est maintenant plutôt envahie par de l’orge que réellement désherbée.

Au second plan, la piscine, la serre, mes quatre premières buttes, couvertes de navets, épinards, et surtout oignons blancs et rouges, ail, échalottes. Enfin, le tracteur à poules, sur la dixième planche, au fond à gauche.

Je sais, c’est plutôt géométrique, comme concept. Mais je vous avais prévenus, je suis très théorique ! J’ai du mal avec l’esthétisme, Louis XIV m’aurait apprécié parmi ses jardiniers « à la française ». 😀

Faire du pain

16 décembre 2009

Voici comment je fais pour faire du pain.

Tout d’abord, je n’utilise pas de machine à pain. Et non seulement je n’en utilise pas, mais je critique également fortement leur utilisation. Une machine à pain, c’est de l’électro-ménager supplémentaire -comme si on n’en avait déjà pas assez comme ça – fabriqué en Chine, ou à Taïwan, donc nécessitant du transport depuis l’autre bout de la planète, et produit par des mains-d’oeuvres sous-payées, sans droits sociaux ni syndicaux, etc., mais ça, vous devez déjà être informés tout autant que moi. Et même si certains sont officiellement fabriqués en France, je suis sûr qu’en réalité ils ne sont qu’assemblés dans notre pays, mais que la quasi totalité des pièces viennent d’Asie du sud-est, ou d’Europe de l’est. Et quand bien même ils seraient fabriqués dans notre pays, dans de bonnes conditions, il n’en reste pas moins qu’ils contribuent, par leur construction, à l’épuisement des ressources minières et des énergies fossiles. Que leur construction implique de l’électronique, ce qui demande l’utilisation de métaux rares qui ne sont pas présents ici (et dont l’extraction est souvent polluante), de plastiques, de tout un tas de produits chimiques; et que leur futur démantellement, lorsqu’un tout petit composant aura grillé à l’intérieur et que l’ensemble sera mis à la poubelle pour en racheter un neuf, sera effectué par les plus pauvres des indiens ou des chinois, sans protection ni précaution aucune. Mais cela aussi vous le savez aussi bien que moi; tout comme vous devez savoir que ces machines à pain consomment, pendant quatre heures, autant qu’un aspirateur tournant à plein régime, pour faire semblant de pétrir une pâte (et oui, les machines à pain ne pétrissent rien, c’est tout juste si elles mélangent les ingrédients). Et pour terminer, la cuisson électrique du pain par la machine, lorsque vous possédez un four à gaz, n’a, là non plus, rien d’écologique ni d’économique.

Et pourtant, c’est bien la publicité qui est faite pour ces drôles d’engins. On vous vante les économies que vous pouvez réaliser, l’autonomisation individuelle ou familiale que cela représente. Alors que franchement, pour une famille, je ne vois vraiment pas où est le réel gain, car vous allez devoir faire tourner votre machine quasiment tous les jours, vu la petite taille du pain qu’elles produisent, et qu’à ce rythme là, une telle machine ne tiendra pas plus de trois mois. Vu qu’elles coûtent en moyenne une centaine d’euros, faites le calcul, cela vous reviendra à un euro par jour, ou par pain. Si vous ajoutez le prix des ingrédients, la consommation électrique, et le coût environnemental et social, vous vous apercevrez que vous n’économiseriez pas grand chose, en investissant dans une telle machine.

Voila encore une de ces arnaques de l’industrie et de la pub. Encore un objet de consommation devenu nouveau besoin, soi-disant révolutionaire, et autonomisant, alors que c’est un outil de croissance et de rentabilité de plus. Parceque vous êtes tellement dépendants du shéma de croissance dans lequel vous êtes embarqués, à travailler sans relâche pour pouvoir vous payer du clé en main et du pré-cuit, du « à consommer sur place », ou du liophylisé, vous ne connaissez plus la recette, si simple, du pain, qui a pourtant nourri nos ayieux pendant des siècles ? Ce n’est pas grave, surtout ne revenez pas en arrière, ne prennez pas de temps pour réapprendre: la science et l’économie sont là pour vous proposer ce qu’il vous faut pour faire à nouveau votre pain à domicile, tout en restant dépendant et consommateur infini auprès de l’industrie et de la grande distribution. Et ainsi vous continuez à participer avec nous à la croissance de l’économie, et ainsi au paiement incessant des intérêts des banques.

Et pourtant, croyez-vous que nos ayïeux, dans leurs fermes, se seraient fait quotidiennement le pain familial, pendant des siècles, se transmettant la recette et la méthode de génération en génération, si cela avait été réellement si difficile d’en faire à la main? Et le développement des boulangeries est récent. Ces artisans spécialistes du pain sont restés pendant des siècles quantonnés aux seuls bourgs, où vivaient des gens plus fortunés qui refusaient de « mettre la main à la pâte ». Ce n’est que depuis que l’économie de marché veut que nous devenions tous des bourgeois, qu’il y a des boulangeries partout, même si depuis une décénie leur nombre régresse à cause de leurs difficultés de rentabilisation. Les paysans que nous fûmes pendant des millénaires n’avaient pas de temps pour le luxe ou pour le superflux; alors, s’il était si difficile de faire du pain, ils n’en auraient fait que pour les grandes occasions, pour noël et les autres fêtes. Pour le quotidien, ils se seraient contentés de galettes. Au lieu de ça, le pain a nourri des dixaines de générations. Pendant des siècles, il a été l’aliment de base, et ce, sans la technologie des machines à pain.

Je fais donc mon pain à la main. Et comme je n’ai pas envie de le pétrir pendant une demi-heure pour avoir un pain qui se tienne, à la française, type baguette, je le fais lever et cuire dans un moule, à l’allemande. Il faut avoir un moule, c’est le seul inconvénient, mais ça nécessite au final beaucoup moins de travail. Comme il est difficile de trouver de grands moules pour faire du pain, je m’en suis fabriqué un, sur lequel je reviendrai plus en détail par la suite, et avec lequel je fais un pain quotidien et familial de 3 kg.

Les ingrédients, pour réaliser ce pain de trois kg, sont les suivants (ce pain mesure environ 13 ou 14 cm de haut, par 30 cm de long, et par 15 cm de large, soit un volume d’environ 6000 cm^3, c’est à dire 6 litres ; à vous de calculer ce qu’il vous faut en fonction de votre ou vos moules, et de la quantité que vous désirez) :

2 kg de farine, 2 cuillères à soupe rases de sel, 20 grammes de levure fraîche, et environ 1.5l d’eau tiède.

La farine, je l’achète chez le producteur local de farine bio. J’achète de la farine T80 (de campagne), en sacs de 25kg, au prix de 0.90€/kg, et je lui prend également quelques kilos de son, qu’il me donne gratuitement, car en général, il en jette des sacs entiers (je pense qu’il doit les donner à un voisin qui a des vaches).

Pour le sel, n’importe quel sel est valable bien sûr, mais j’aime bien utiliser du sel aux algues, car les algues, ou la plupart, contiennent des molécules inhibitrices de lectines, qui permettent de mieux digérer le gluten du froment. En effet, le froment (blé tendre), qui est la variété que nous consommons actuellement pour le pain, n’existe que depuis 2 ou 3 siècles; auparavant, nous consommions de l’épeautre, qui est plus rustique, et nos organismes ne sont pas encore totalement habitués à la digestion des puissants glutens du froment, même si du coup celui-ci parait plus tendre.

Ensuite, pour la levure, je l’achète en pavé, chez le boulanger. De la levure fraîche. Je ne suis pas fan de l’acidité des pains au levain. Je sais qu’il paraît que le levain est plus digeste, mais c’est comme ça, je préfère la levure sélectionnée, à la fermentation spontanée qu’est le levain (j’ai la même préférence pour la bière, d’ailleurs, où je préfère les bières de fermentation haute, que les gueuses de fermentation spontanées). Le pavé de levure fraîche me coûte 3€ pour 500g. Etant donné que j’utilise 20g pour 2kg de farine, et pour 3kg de pain, ça me revient donc à 0.12 €/kg de pain, et avec ce pavé, je peux faire 25 kg de pain. Et pour la conserver, je débite le pavé de levure, dés l’achat, en petits morceaux d’environ 20g, avec lesquels je remplis un tupéroir, que je garde au fraîseur.

Enfin, je fais tiédir l’eau auparavant, cela permet de faire lever la pâte de manière plus homogène que s’il était, par exemple, placé dans un four qui a été préchauffé. Et de plus, cette eau tiède me permet de décongeler mes 20g de levure.

Voici donc comment je procède:

Je fais tiédir un premier litre d’eau, dans lequel je décongèle la levure. Puis je mélange vaguement la farine, le sel, le son (sur la photo, 25% en volume), parfois je rajoute aussi des graines de lin, ou des noix, de la farine de maïs ou de seigle, etc..

Ensuite je verse l’eau levurée sur le tout, et je mélange avec le manche d’une cuillère en bois. Je fais tiédir un demi-litre supplémentaire d’eau, que je verse par intermitence, en mélangeant, jusqu’à obtenir une pâte avec la viscosité voulue: celle-ci doit être totalement humide, visqueuse, et coller aux doigts, sans toutefois « transpirer ». Je continue ensuite à mélanger, pour pétrir légèrement cette pâte, deux ou trois minutes, jusqu’à-ce que la pâte devienne un peu élastique.

La pâte est maintenant prête; je la verse dans le moule (que dans mon cas je recouvre auparavant de papier sulfurisé pour ne pas qu’elle accroche, car mon plat maison est en vielle féraille, recouverte de papier d’aluminium), et je place le tout dans le four éteint, pour attendre que la pâte lève. Avec cette méthode, la pâte, avant la levée, ne remplit pas plus que le quart du moule.

En général, la levée prend environ quatre heures; mais il vaut mieux allumer le four et démarrer la cuisson avant que votre pain n’ait complètement levé (en général aux trois quarts, donc trois heures après), ainsi, la levée finira sous la chaleur de la cuisson, et cuira en même temps, ce qui lui évitera de retomber (en l’occurence, cette fois-ci, comme sur la photo, j’ai allumé le four une demi-heure trop tard, et il est un peu retombé). Vérifiez toutes les demi-heures, et dès que votre pâte a bien gonflé, s’est bien étalée dans le moule, et qu’elle dépasse la moitié de la hauteur de celui-ci, vous pouvez démarrer la cuisson.

Il y a bien sûr d’autres méthodes, pour faire du pain, mais celle-ci me semble la plus simple, la plus économique en terme de travail, et finalement aussi la meilleure au niveau du goût obtenu au final. C’est en tout cas bien meilleur que dans n’importe quelle boulangerie classique, et meilleur aussi qu’en machine à pain.

En tout, cette méthode me demande une quarantaine de minutes de travail, en comptant la préparation des ingrédients, la préparation du moule, le mélange des ingrédients, le démoulage du pain de 3kg, et enfin la vaisselle. Et même en ajoutant le prix de l’eau et du gaz, il me revient à moins de 0.80 € / kg, soit moins cher qu’une baguette de 250 g dans le commerce (non bio, en plus). Rentable et efficace, n’est-il pas ?

Comme il manquait à cet article une photo du pain entamé, la voici (en plus, celui-ci est mieux réussi au niveau de la levée; il a été cuit à temps) :

Petite histoire de mon jardin

2 décembre 2009

Un premier potager

A mon arrivée dans le Gers, l’une des premières choses à laquelle je me sois attaqué fut le potager. Lorsque j’avais vu l’annonce pour louer cette maison, et que j’avais appelé pour avoir des précisions et pour venir visiter, le maire du village (c’est un logement communal), avait insisté sur le fait qu’il y avait un grand jardin et qu’il cherchait plutôt des locataires désireux de l’entretenir. Ca tombait bien, c’était ce que moi aussi je cherchais. Effectivement, le jardin mesurait environ 2000 m², dont les trois quarts en pelouse, bordée au nord et à l’est de sapins et de haies de lauriers sauce, au sud de chênes américains plantés deux ou trois ans auparavant, à l’ouest d’un immense pin maritime (devant la maison), et centrée d’un puits et de deux cerisiers; le quart restant étant consacré à la cour, pour y garer les véhicules. Il y avait donc toute la place requise pour me faire un beau petit jardin, dont bien sûr un potager. Une fois le déménagement effectué, il m’avait même proposé, lorsque je lui ai dit que je comptais ouvrir un potager, de me prêter un autre terrain (en bord de rivière, par exemple) pour y faire un grand potager afin de garder le jardin devant la maison en pelouse et en fleurs. Mais je préférais avoir le potager devant chez moi, n’avoir qu’à descendre l’escalier pour m’y rendre, et pouvoir ainsi y passer facilement du temps – d’autant plus que ça allait être ma première expérience de potager. Ce détail, à mon avis, n’est pas des moindres, lorsqu’on veut réaliser un jardin à la fois beau et productif; et sans oublier la convivialité que peut représenter un potager.

Je précise tout de même, qu’évidemment, pour moi qui suis un ancien étudiant de sciences de la terre, spécialisé en pédologie, il n’a jamais été question de traiter mon potager avec quoi que ce soit comme produit, même certifié bio. Je fais de l’agro-écologie, c’est à dire que je cultive sans traiter, et que j’essaye de trouver des méthodes pour que ça fonctionne avec ce que j’ai.

Le sympathique fils du maire de l’époque – agriculteur – était donc venu me labourer un coin de pelouse au mois d’août (un mois après mon arrivée), où j’ai installé mes premiers plants et où j’ai testé mes premiers semis. J’avais fait en sorte que ce jardin soit au plus près de la maison, mais je me suis rapidement aperçu que dès le mois de septembre, une bonne partie se retrouvait à l’ombre des cerisiers, tout l’hiver. De toutes façons je n’avais mis que des poireaux, des carottes (la chance du bébutant, très certainement; car c’est les premiers et les derniers semis de carottes que j’aie réussi jusque là), quelques choux qui n’ont pas donné grand chose, et des fêves.

Défrichage manuel, et abondance

L’année suivante, j’ai donc déplacé mon potager vers le fond du terrain, plus ensoleillé, et finalement c’est mieux ainsi, car mon fils qui grandissait, et sa petite soeur, arrivée dans l’automne, et qui n’allait pas tarder à le rejoindre, put ainsi disposer de la pelouse au plus près de la maison, rendant ainsi la suveillance facile depuis les fenêtres de la cuisine et du salon par les adultes.

J’ai donc défriché de nouvelles parcelles de jardin, cette fois à la main, même si la générosité du voisin m’aurait permis de faciliter la tâche avec un labour au tracteur. Mais j’avais voulu voir ce que représentait un tel travail. J’ai essayé tout d’abord de sarcler, c’est à dire d’enlever à la houe la couche peu épaisse d’herbe avec ses racines, que j’ai mis en tas à composter, puis de travailler ensuite directement ce sol en surface pour éviter de le retourner. Mais je me suis vite aperçu de plusieurs choses:

– tout d’abord, la moindre racine d’herbe oubliée là, ou pas coupée assez raz – et je voulais quand même laisser le maximum de sol et d’humus sur place, donc je sarclais le moins profond possible – repartait on ne peut plus vite, et ma parcelle ressemblait dès la première pluie à un assemblage de touffes d’herbe qui au final étouffaient bien vite mes semis, et qui rendait le desherbage extrêmement pénible. Sans compter toutes les graines de je ne sais quoi qui attendaient sous cette couche d’herbe qu’un peu de soleil et de pluie ne viennent les réveiller.

– ensuite, comme je m’en suis bien vite aperçu, et comme j’ai pu le confirmer par la suite en écoutant des émissions ou en me documentant sur internet, l’humus n’existe pas du tout sous l’herbe; et le sol est confiné à un maigre horizon de quelques centimètres, correspondant à l’enchevêtrement très dense des racines du gazon, et qui s’accaparent la quasi totalité des précipitations, et qui raffraîchissent très peu le sol. En clair, une fois retiré le gazon et ses racines, on a la roche à nu. Dans mon cas, ce substrat correspond à de l’argile quasiment pure.

Résultat, autant labourer, et ainsi enfouir l’herbe et toutes les graines stockées entre ses racines, pour repartir sur du « neuf », puis de petit à petit créer de l’humus et de reconstituer un sol, par l’apport de fumure et de paillage.

Comme je suis très théorique,  j’ai organisé mon jardin en regroupant les cultures similaires d’un point de vue des apports de fumure nécessaires, ainsi que de la similitude des cultures, tout en prévoyant une rotation de ces parcelles. J’ai calculé la taille de ces parcelles en fonction de la production souhaitée, et je suis parti au départ sur des parcelles rectangulaires, afin de justement faciliter ces calculs par la suite (une ligne de ça, trois lignes de ceci, une parcelle entière de cela, etc.). J’ai donc découpé mon jardin en 8 parcelles de 6×4 mètres, alignées nord-sud, et séparées les unes des autres par des allées de 50cm de large. Avec donc une rotation prévue sur 8 ans.

Comme c’était une année où je ne travaillais pas, puisque j’étais inscrit étudiant mais que je n’allais plus à la fac, et qu’ayant deux enfants j’avais droit au RMI, j’ai eu de relativement bons résultats au jardin, pour une première saison de jardinage, et j’ai pu cultiver à peu près tout ce que je voulais. Tout comme l’année suivante, où j’étais dans des démarches de création d’une entreprise, lesquelles prennent du temps, parceque les rdv sont souvent étalés, que les démarches sont longues, mais qui finalement ne demandent que très peu de travail effectif.

Vaches maigres et optimisation

Les deux années qui suivirent, par contre, j’ai eu beaucoup moins de temps à consacrer à mon potager. Du coup, avec moins de travail, on se rend rapidement compte des plantes qui sont efficaces au jardin d’un point de vue du rapport travail nécessaire/rendement, et des plantes qui le sont moins; on se rend d’avantage compte des difficultés d’entretien que représentent les bordures des parcelles, mais aussi les interlignes, où les mauvaises herbes repoussent plus facilement, et où le tassement dû au passage répété de mes grands pieds accentue les difficultés de désherbage.

Mais surtout, à un certain moment de l’hiver dernier, et du printemps qui a suivi, j’ai vraiment pu m’apercevoir de l’importance vitale que pouvait avoir une production autonome ou semi-autonome de légumes à la maison. Car, comme à l’été 2008 je n’avais quasiment rien pu produire, et encore moins congeler (le peu que j’avais planté a pourri sous les pluies répétées du mois d’août), que l’hiver non plus n’a pas été très prolifique, et que les difficultés de démarrage de mon entreprise ont fait que je me suis retrouvé quasiment sans aucune rentrée d’argent pendant quelques mois, en tout cas bien dans le rouge, du coup le jardin, et la cueillette sauvage, ont été les seules sources possibles de nourriture. Le peu d’argent que je gagnais – 20€ par ci par là – me permettait d’acheter l’ultra-strict-nécessaire (en général du gazoil pour pouvoir continuer à travailler), qui un sac de 20kg de farine chez le producteur bio du coin, qui un peu d’huile, de sel, qui un peu de fromage à raper.

J’ai depuis, un profond respect pour cette plante qu’est le topinambour. Je comprend pourquoi nos anciens « ne mangeaient que ça pendant la guerre ». Moins on s’en occupe, et plus il en pousse. Ce tubercule, agrémenté de quelques orties, de feuilles de plantain, ou encore d’une sauce à l’oseille, en soupe avec du pain maison, ou en raviolis maison, et après une salade de pissenlis, a littéralement nourri ma famille pendant deux mois. Et je comprend la génération de mes arrières grands parents, qui disaient à la jeunesse inssouciante des trentes glorieuses, qu’ « une bonne guerre leur ferait du bien ». J’ai presqu’envie, parfois, de répéter cette même phrase à ces mêmes générations, même s’ils ont aujourd’hui 50 à 70 ans, lorsqu’ils ne comprennent pas que la stabilité et l’abondance à laquelle ils ont eu droit n’a été qu’un privilège de courte durée, qu’une parenthèse dans l’histoire, et que ce n’est pas parcequ’il y a eu trente ans de croissance et de paix que cet acquis peut se poursuivre indéfiniment.

Et j’ai décidé, à partir de l’été 2009, que la priorité, dans ma vie, serait le jardin. Ensuite le reste, une fois que je sais que j’ai de quoi nourrir ma famille en cas de coup dur. Et la saison de ventes du printemps-été 2009 m’a permis de comprendre que mon entreprise n’était pas viable, à partir du moment où elle ne me laissait pas assez de temps pour pouvoir compléter mon activité professionnelle en ayant l’assurance de toujours pouvoir nourrir ma famille, et que les trop importants aléas dans les rentrées d’argent de cette entreprise rendaient absolument nécessaire cette autonomisation potagère. Ma décision a donc été prise, et début septembre, j’ai arrété mon activité. Je travaillerai en tant que salarié – au moins la sécurité dans les rentrées d’argent sera bien là – jusqu’à-ce-que je puisse redémarrer une activité indépendante qui soit conciliable avec cette sécurisation de l’autonomie potagère.

Bilans et nouvelle conception

Mon esprit théorique étant devenu quasi pragmatique après ces conditions, je bouleverse, depuis le printemps, la conception de mon jardin. Aidé par la toile et par les nombreuses tentatives des uns, les recherches des autres, les échecs des derniers, qui s’y affichent, qui s’y discutent, j’ai développé de nouvelles méthodes. Et voici le bilan que j’ai pu tirer de ces trois premières années d’expérience de jardinage:

– tout d’abord, plus un légume est cultivé en lignes courtes, plus cela demande d’entretien, puisqu’il y a du coup un nombre plus important de « fins de lignes », lesquelles demandent le maximum d’entretien. Il vaut donc mieux un nombre peu important de longues lignes, plutôt qu’un nombre important de courtes lignes.

– puis, du fait que les interlignes sur lesquelles on piétine augmentent le travail, il vaut mieux en limiter le nombre. De plus, le sol est abimé là où on piétine, et ce, même avec du paillage (je paillais jusqu’à maintenant avec du gazon fauché à la main). Il vaut donc mieux reserver des endroits où le sol sera piétiné et où on ne cultivera jamais, quitte à y laisser pousser les « mauvaises » herbes (comme le pissenlit, ou le plantain, qui se fouttent d’être piétinés), et privilégier, bîchoner, les endroits de culture permanents, sans jamais les piétiner.

– ensuite, pour diminuer le nombre de lignes piétinables, on ne peut pas écarter les jambes à l’infini. Il faut donc en laisser un certain nombre, à moins d’abandonner les lignes pour les planches. Les planches correspondent à des espaces larges de deux fois l’écartement de mes bras, de manière à pouvoir travailler le centre de la planche sans difficultés d’équilibre, debout ou à croupi, et que je me trouve d’un côté de la planche comme de l’autre; soit 1.10m. Et d’une longueur indéterminée; mais comme je suis très théorique (et aussi en fonction de la taille de mon jardin), j’ai choisi des longueurs de 9 mètres, afin d’obtenir une surface de 10 m² par planche (1,10*9). Ce qui me permet de très facilement calculer mes rendements de légumes par mêtre carré, pour améliorer par la suite mes rendements en effectuant des comparaisons.

Cette longueur importante me permet d’avoir un nombre très limité de « fins de lignes », 2 pour 9 mètres, tout en ayant une longueur vraiment maximale; en effet, mes planches, compte tenu de la taille de mon terrain, auraient pu faire jusqu’à 20 mètres de long, mais une trop grande longueur aurait créé de nombreuses pertes de temps pour contourner ces planches lors des changements d’allées. Et puis il s’avère que 10 mètres carrés correspondent à peu près à une surface utilisable pour un même type de culture, dans mon cas où nous sommes trois à nous nourrir sur ce jardin (je compte mes deux enfants comme l’équivalent d’un adulte).

De plus, la culture en planches permet de resserer les lignes, puisqu’on n’a plus besoin d’y circuler; on cultive donc d’avantage de lignes par largeur. Et comme il y a moins de « fins de lignes », lesquelles, en plus de demander du travail, créent une perte de productivité par mètre carré, on gagne donc encore en production par mètre carré avec cette méthode (en mettant les lignes bout à bout, on supprime les « zones tampon » qui sont nécessaires pour désherber les « fins de lignes »). Comme j’avais voulu me concentrer majoritairement sur les espèces les plus efficaces, j’avais donc calculé qu’entre 8 parcelles de 4 x 6 mètres, et 10 parcelles de 1,10 x 9 mètres, j’obtiendrais à peu près une production similaire, tout en diminuant de beaucoup le travail nécessaire, et sur une surface à peine plus petite.

C’est ainsi qu’avant l’été, j’avais réorganisé mon potager (à partir de mon ancien potager, quasi à l’abandon), en y créant deux blocs de cinq planches chacuns, composés de planches orientées nord-sud, séparées entre elles par des allées larges de 40 cm; les deux blocs étant séparés par une large allée est-ouest de deux mètres. De plus, j’ai construit un tracteur à poules, qui se voulait de la largeur d’une planche, et de la longueur d’une planche, et que j’ai pu ainsi intégrer dans ma rotation potagère (je reviendrai plus en détail sur ce tracteur à poules, prochainement).

Vous aurez sans doute remarqué que cette conception ressemble beaucoup à la biointensive. Je m’en suis effectivement peu à peu inspiré. Il y a en effet de nombreuses similitudes:

les planches ont la même largeur de principe que les buttes de la biointensive. Elles sont comme elles orientées nord-sud, et lorsqu’on pousse à l’extrême l’idée de resserer les lignes, on arrive au principe biointensif de la culture en quinconce, où l’on remplit la largeur de la planche de plants placés à la distance parfaite les uns des autres, en tous sens, de manière à-ce que, une fois adultes, ils remplissent au mieux tout l’espace disponible.

J’ai également testé le principe du double bêchage, sans grand succès, et c’est depuis août que j’ai trouvé comment réellement travailler mon sol en profondeur sans le retourner: à la pioche.

L’été passé, cette nouvelle conception me laisse une très bonne impression. J’ai pu obtenir les principaux légumes désirés, congeler suffisamment de tomates pour tout l’hiver, alors que j’étais en pleine saison de ventes avec mon entreprise. Néanmoins, cette conception implique un changement dans la rotation que j’avais prévu au départ. Il me faut donc repenser tout ça. De plus, cette conception n’en est qu’à ses balbutiements, et je compte bien en améliorer encore le fonctionnement, l’optimiser d’avantage, le rendre encore plus productif pour pas plus de travail, et tenter d’obtenir une véritable autonomie potagère.

De prochains articles me permettront de faire un bilan de cette conception, et d’en redéfinir une certaine autonomie.